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Une aventure en Calabre
Un officier de 1'armée de Napoléon ler décrit dans une lettre son voyage en Italie.
Un jour je voyageais en Calabre. C'est un pays de gens qui, je crois n'aiment personne, et surtout les Français. J'avais pour compagnon un jeune homme de vingt ans.
Dans ces montagnes, les chemins sont rudes. Nos chevaux marchaient lentement. Mon camarade allait devant ; un sentier qui lui parut plus court nous égara. Il faisait nuit noire quand nous arrivâmes près d'une maison fort noire. Nous y entrâmes. Là nous trouvons toute une famille de charbonniers à table, où du premier mot on nous invita. Mon jeune homme mangeait et buvait tranquillement ; moi, j'examinais le lieu et la mine de nos hôtes. Nos hôtes avaient bien la mine de charbonniers, mais la maison ressemblait à un arsenal. Partout des fusils, des pistolets, des couteaux.
Mon camarade riait et causait avec tout le monde et, par imprudence il dit d'abord d'où nous venions, où nous allions, qui nous étions. Français, chez nos plus mortels ennemis, seuls, si loin de tout secours humain ! Enfin il parla de sa valise, priant qu'on la mis sous son oreiller.
Après le souper, on nous laissa ; nos hôtes couchaient en bas, nous dans la chambre du premier étage. Une petite pièce sous le toit où 1'on montait par une échelle. Sous le plafond étaient suspendues les provisions pour toute 1'année. Mon camarade y grimpa seul, se coucha, la tête sur sa valise et s'endormit aussitôt. Moi, décidé à veiller, je fis un bon feu, et m'assit auprès.
La nuit était déjà presque passée quand j'entendis au-dessous de moi notre hôte et sa femme parler et se disputer. En écoutant attentivement, j'entendis ces mots du mari : — Eh bien ! voyons, faut-il les tuer tous les deux ? A quoi la femme répondit : — Oui.
Que vous dirai-je ? Tout mon corps était froid, je ne savais si j'étais mort ou vivant. Nous deux, presque sans armes, contre eux douze ou quinze. Et mon camarade mort de sommeil et de fatigue ! L'appeler, faire du bruit, je n'osais ; m'échapper tout seul, je ne pouvais ; la fenêtre n'était pas haute, mais en bas deux gros chiens hurlaient comme des loups.
Quelques minutes après, j’entendis dans l’escalier quelqu’un et je vis le mari, sa lampe dans une main, dans l’autre un de ses grands couteaux. Il montait, sa femme après lui, disait à voix basse :
— Doucement, va doucement !
Puis il entre, son couteau dans les dents, et venu à la hauteur du lit, où le pauvre jeune homme était étendu, d’une main prend son couteau, et de l’autre... Ah !... il saisit un jambon qui pendait au plafond, en coupe un morceau et se retire comme il était venu.
Dès que le jour parut, toute la famille, à grand bruit, vint nous réveiller ; on apporte à manger, un déjeuner fort bon. Deux coqs en faisaient partie, dont il fallait, dit la vielle femme, emporter l’un et manger l’autre. En les voyant, je compris enfin le sens de ses terribles mots : « Faut-il les tuer tous les deux » ?
Où se passe l’action de ce récit ?
1. En Allemagne.
2. En France.
3. En Italie.
4. En Espagne.
Ответ:
LE PARAPLUIE
A six heures, il fallut réveiller Henriette à grands cris. Elle avait eu beaucoup de peine à s'endormir la veille au soir et maintenant elle était accablée de sommeil. La pluie tombait par rafales. L'averse était si dense que, de la fenêtre de l'étage, Henriette ne voyait même plus l'heure du cadran.
Sa mère l'appelait, la bousculait. Pendant que l'enfant mangeait sans appétit, la tête lourde et la bouche lente, ses trois petits frères faisaient cercle autour d'elle, avec un respect silencieux. Et quand elle eut fini, on lui remit son beau tablier des dimanches, couleur verte d'eau, avec des manches bouffantes. C'était un grand jour qui commençait, et elle avait le coeur un peu serré en passant son tablier.
Sa mère ouvrit la porte, considéra le déluge un bon moment, sans rien dire, soupira, vint à la grande armoire qui occupait tout le côté de la cuisine, l'ouvrit et en tira un parapluie de soie à manche immense avec une petite incrustation sur la poignée : un cadeau de mariage.
— Je te le donne, dit-elle à Henriette, mais fais-y attention. Et surtout, ne le perds pas.
Henriette partit. Elle avait à marcher une heure. Elle serrait de la main gauche le manche du parapluie, ample comme une tente, et, de l'autre bras raidi, elle portait bien droit, pour ne rien renverser, un panier à couvercle avec son repas de midi.
C'est seulement quand elle fut dans la salle d'examen qu'elle se sentit de nouveau à son aise et à son affaire. La dictée lui parut sans difficultés ; aux questions du vocabulaire et d'intelligence du texte, elle répondit très bien. Bousculée d'un examinateur à l'autre, elle trouva, l'après-midi très courte. Et elle ne fut pas surprise d'être reçue, mais le bonheur l'inonda quand elle se rendit compte qu'elle était classée première du canton. C'était cela qu'elle avait voulu de toute sa force depuis deux ans au moins : à cette seule condition ses parents consentiraient à travailler plus longtemps pour elle, à la laisser fréquenter le Cours complémentaire. Plus tard, elle serait donc institutrice. Elle aurait des livres toute sa vie. Elle étudierait tant qu'il lui plairait. Elle ferait un grand voyage peut-être, pendant les vacances, une fois ou deux...
De joie, elle sautait en chantonnant sur le chemin du village. Subitement elle s'aperçut qu'il ne pleuvait plus, mais que le grand soleil d'été déclinait à l'horizon. Le vent avait tourné, il faisait beau.
L'enfant montait vite la grande rue. Après le tournant, elle vit devant elle, à gauche, la vieille bâtisse, avec sa cage à poules devant l'ancienne écurie. Henriette franchit le seuil. Sa mère n'était pas dans la cuisine. On l'entendait à l'étage. De là-haut, penchée au-dessus de l'escalier, elle cria avec une voix sèche d'inquiétude :
— Est-ce que tu l'as, au moins ?
— Mais oui, maman !
La mère descendit, elle ne vit pas le geste de la fillette rayonnante qui s'avançait pour l'embrasser : elle jetait un regard circulaire sur les chaises, l'évier, les coins de la pièce.
Alors, la fillette comprit que sa mère était en peine non de son certificat, mais du précieux parapluie. Où l'avait-elle mis, en effet ? Elle l'avait oublié à l'école du chef-lieu, pour sûr. Les reproches s'enflaient. D'un coup, l'enfant aux rêves obstinés se sentit reprise par les réalités pesantes, par la vie mesquine et, s'enfuyant sans dire un mot dans la grange obscure, tout au fond, là où il y avait un tas de foin, elle laissa couler ses larmes.
Quel temps faisait-il ce jour-là ?
1. Il faisait beau.
2. Il neigeait.
3. Il pleuvait à verse.
4. Il faisait du brouillard.
Ответ:
La Cathédrale
En 18... Un étudiant s'arrêta, rue Saint-Honoré devant la vitrine d'un marchand de tableaux. Dans cette vitrine était exposée une toile de Manet : La Cathédrale de Chartres. Manet n'était alors admiré que par quelques amateurs, mais le passant avait le goût juste ; la beauté de cette peinture l'enchanta. Plusieurs jours il revint pour la voir. Enfin, il osa entrer et en demanda le prix.
— Ma foi, dit le marchand, elle est ici depuis longtemps. Pour deux mille francs, je vous la céderai.
L'étudiant ne possédait pas cette somme, mais il appartenait à une famille provinciale qui n'était pas sans fortune. Un de ses oncles, quand il était parti pour Paris, lui avait dit : « Je sais ce qu'est la vie d'un jeune homme. En cas de besoin urgent, écris-moi ». II demanda au marchand de ne pas vendre la toile avant huit jours et il écrivit à son oncle.
Ce jeune homme avait à Paris une maîtresse qui, mariée avec un homme plus âgé qu'elle, s'ennuyait. Elle était un peu vulgaire, assez sotte et fort jolie. Le soir du jour où l'étudiant avait demandé le prix de la Cathédrale, cette femme lui dit :
— J'attends demain la visite d'une amie de pension qui arrive de Toulon pour me voir. Mon mari n'a pas le temps de sortir avec nous ; je compte sur vous.
L'amie arriva le lendemain. Elle était elle-même accompagnée d'une autre. L'étudiant dut, pendant plusieurs jours, promener ces trois femmes dans Paris. Comme il payait repas, fiacres et spectacles, assez vite, son mois y passa. Il emprunta de l'argent à un camarade et commençait à être inquiet quand il reçut une lettre de son oncle. Elle contenait deux mille francs.
Ce fut un grand soulagement. Il paya ses dettes et fit un cadeau à sa maîtresse. Un collectionneur acheta la Cathédrale et, beaucoup plus tard, légua ses tableaux au Louvre.
Maintenant l'étudiant est devenu un vieil et célèbre écrivain. Son cœur est resté jeune. Il s'arrête encore, tout ému, devant un paysage ou devant une femme. Souvent dans la rue, en sortant de chez lui, il rencontre une dame âgée qui habite la maison voisine. Cette dame est son ancienne maîtresse. Son visage est déformé par la graisse ; ses yeux, qui furent beaux, soulignés par des poches ; sa lèvre surmontée de poils gris. Elle marche avec difficulté et l'on imagine ses jambes molles. L'écrivain la salue mais ne s'arrête pas, car il la sait méchante et il lui déplaît de penser qu'il l'ait aimée.
Quelquefois il entre au Louvre et monte jusqu'à la salle où est exposée la Cathédrale. Il la regarde longtemps, et soupire.
Le personnage principal de cette nouvelle était...
1. ...peintre.
2. ...marchand de tableaux.
3. ...ouvrier.
4. ...étudiant.
Ответ:
Mes Grands-parents
Mes grands-parents maternels, Monsieur le Baron et Madame la Baronne, étaient stupéfaits mais ravis de me voir arriver.
— Est-elle baptisée ? a demandé ma grand-mère immédiatement.
La femme du sous-lieutenant qui m’accompagnait ne le savait pas.
— Quel est son prénom ? a demandé mon grand-père.
La femme du sous-lieutenant a hésité :
— Euh... je ne me rappelle plus si c'est Céphise... ou Victoire.
— Je sais que Céphise est le nom traditionnel de la fille aînée chez les Buron, dans la famille de son père, a dit Grand-père à Grand-mère.
— Je n'aime pas du tout Céphise, s'est exclamée Grand-mère. Ce sera Victoire.
— D'accord, a approuvé Grand-père.
Grand-mère s’est chargée de mon éducation. Elle en avait une idée assez sévère datant d'avant la Révolution française. Grand-père, lui, s'est occupé de ma formation politique. C'était un grand royaliste. Il lisait « Le Temps » tous les matins, refusait de présider les commissions agricoles républicaines, ne votait jamais, m'a interdit plus tard (parfois à mon grand désespoir) de recevoir d' « affreuses petites bourgeoises descendantes de ceux qui avaient guillotiné notre cher roi Louis XVI et notre pauvre reine Marie-Antoinette ». Le nom de Philippe d'Orléans — qui avait voté la mort de son cousin — ne devait jamais être prononcé à la maison.
Par contre, étant « bien née » (c'était l'une des expressions favorites de mon grand-père), j'avais le droit de jouer avec tous les enfants du peuple — à condition, bien entendu, de leur donner le bon exemple.
La vie au château de Villeserres qui appartenait à mon Grand-père était réglée par une cloche. La première cloche indiquait que je devais me laver les mains, me peigner, éventuellement me changer. Quand la deuxième cloche sonnait, toute la famille devait être dans le petit salon de Grand-mère donnant sur la grande salle à manger.
Grand-père était extrêmement pointilleux sur les horaires des repas. Il arrivait souvent, l'été, que mes cousins, embarqués dans une passionnante partie de tennis ou une promenade en barque sur la rivière, surgissent haletants mais en retard sur la deuxième cloche. « Privés de déjeuner ! Cela vous apprendra à être à 1’heure » ! s'exclamait alors notre Grand-père, les bras croisés, debout devant la porte fermée de la salle à manger.
Ce qu'il ignorait, c'est que lesdits cousins descendaient alors sur la pointe des pieds au sous-sol où Louise — qui les avait tous vus naître- leur servait dans la cuisine un confortable repas.
Naturellement, je n'avais pas le droit de parler à table jusqu'à l'âge de dix ans. Et quand je vois maintenant mes propres petits-enfants me couper la parole et me raconter, la bouche pleine, ce qu'ils ont vu à la télévision, je reste stupéfaite. Tous les soirs je descendais dans le petit salon de Grand-mère, déjà installée sur son divan recouvert d'un tissu anglais à fleurs, et qui m'attendait. C'était l'heure sacrée du tricot. J'appris d'abord à faire de longues écharpes en laine, soit au crochet, soit avec de grandes et grosses aiguilles. Grand-mère, elle, se réservait les chaussettes à quatre petites aiguilles. Nous bavardions. Elle me racontait des histoires de son enfance, que je ne trouvais pas tellement différente de la mienne.
Quel était le titre aristocratique des grands-parents de l’auteur ?
Ils étaient...
1. ...barons.
2. ...princes.
3. ...vicomtes.
4. ...comtes.
Ответ:
L’anniversaire de Courgette
Après la mort de sa mère, le petit garçon Icare, surnommé Courgette, vit dans un orphelinat.
Je compte sur mes doigts les jours qui me séparent de mes dix ans. Ça tombe samedi et ma meilleure amie Camille et moi on sera chez Raymond, le gendarme, dans sa maison. Je surveille Camille qui fait la mystérieuse, surtout depuis qu'elle est descendue au village avec notre éducatrice Charlotte. Et moi je fais l'andouille « c'est quoi mon cadeau » ? et Camille me regarde comme si j'étais muet « viens, on va à la balançoire ». J'essaye avec Charlotte qui me dit « je ne vois pas de quoi tu parles ».
Même Simon à qui j'ai tout raconté me dit :
— C'est samedi ton anniversaire ? Samedi personne ne sera là. Nous on va à Paris pour voir des squelettes au musée.
Samedi, ça y est, j'ai dix ans et je suis déçu. Personne ne m'en parle, ni Simon, ni Ahmed, ni Rosy, ni même Camille et j'en aurais pleuré si Ferdinand le cuisinier ne m'avait pas chuchoté à l'oreille : « Il paraît que c'est ton anniversaire aujourd'hui. Tiens, c’est pour toi, mais tu dis rien à personne ». Et il sort un tout petit gâteau au chocolat en forme de coeur que j'avale tout rond.
— Et pourquoi je dois rien dire ? je dis.
— Tu verras bien. À lundi, Courgette.
Et Ferdinand le cuisinier m'embrasse et il part dans sa camionnette.
Puis le car se remplit de copains et je les regarde partir eux aussi avec envie. Les squelettes, ça doit être super. Je trouve curieux que tous les éducateurs montent dans le bus, surtout Rosy qui, d'habitude, le samedi, se repose dans sa chambre. Normalement quand on visite un parc ou une forêt ou un musée, y n’a qu'un seul éducateur pour nous accompagner.
Camille est moi, nous attendons Raymond. Je commence à croire que le gendarme nous a oubliés, quand la voiture à pompon bleu écrase les petits cailloux.
Devant la maison à Raymond, Camille me dit de fermer les yeux.
— Pourquoi ? je demande. Et je ferme les yeux. C'est difficile de résister à Camille.
— Tu verras bien. Je vais te mettre un chiffon sur les yeux, là, comme ça.
Tu n'auras qu'à prendre ma main et je te dirai où marcher pour ne pas tomber.
Je descends de la voiture aidé par Camille.
— Stop ! Attention, tu as quelques marches à grimper.
Et je lève les pieds pour entrer dans la maison et je la traverse lentement.
Je me cogne quand même contre un meuble. Et plus j'avance, plus j'entends des chuchotements et des rires.
— T'y es presque. Un pas de plus... Stop ! Voilà, tu peux retirer le chiffon.
Et puis j'ouvre mes yeux et je les referme aussitôt. Je suis tout retourné et je ne peux pas empêcher mes larmes de sortir. Camille me lâche la main et je suis tout seul devant mon cadeau et c'est le plus beau cadeau de toute ma vie. Je serre mes poings et j'essuie mes yeux avec et je les regarde pour de bon et aussitôt ils chantent tous « Joyeux anniversaire, Courgette ! ».
Ils sont tous là. Même Ferdinand le cuisinier. Même le juge avec la directrice. Même les instituteurs de l’école. Et tous mes copains et les éducateurs qui ne sont jamais partis voir les squelettes. Et Raymond qui disparaît derrière un gâteau comme je n’en ai jamais vu. C'est le plus gros coeur en chocolat qui donne envie de mordre dedans. Et ce n'est pas tout. Y a plein de paquets avec des tas de rubans et de ballons autour, et je vois les ballons s'envoler et j'ai l'impression que, moi aussi, je vais m'envoler.
Courgette, que veut-il savoir avant son anniversaire ?
Il veut savoir...
1. ...qui sera invité à sa fête.
2. ...quel repas sera servi.
3. ...où on organisera la fête.
4. ...quel cadeau on lui offrira.
Ответ:
Mon Professeur de Danses
Je me souviens de mon premier cours de danse. Papa en avait choisi un, dans le quartier, rue de Maubeuge. Notre professeur, Madame Galina Dismaïlova, s'est dirigée vers moi :
— Il faudra que tu danses sans lunettes.
Au début, j'enviais mes camarades qui ne portaient pas de lunettes. Tout était simple pour elles. Mais à la réflexion, je me suis dit que j'avais un avantage : vivre dans deux mondes différents, selon que je portais ou non mes lunettes. Et le monde de la danse n'était pas la vie réelle. Oui, un monde de rêve comme celui, flou et tendre, que je voyais sans mes lunettes. À la sortie de ce premier cours, j'ai dit à papa :
— Ça ne me dérange pas du tout de danser sans mes lunettes.
— Tu as raison, a dit papa. Ce sera comme moi quand j'étais jeune... Les autres te trouveront dans le regard, quand tu ne porteras pas tes lunettes, une sorte de douceur... Cela s'appelle le charme...
Les cours avaient lieu chaque jeudi soir et papa m'y accompagnait. La grande fenêtre du studio de danse donnait sur la gare du Nord. Les mères des élèves étaient assises sur une longue banquette rouge. Papa, le seul homme parmi toutes ces femmes, se tenait au bout de la banquette, à distance des autres, et regardait de temps en temps, par la baie vitrée derrière lui, la gare du Nord, les lumières des quais, les trains qui s'en allaient pour de lointaines destinations — jusqu'en Russie, m'avait-il dit — la Russie qui était la patrie de notre professeur, Madame Dismaïlova. Elle avait conservé un très fort accent russe. Elle m’appelait « Catherrrine ».
Un jour, papa m'a dit :
— Catherine, c'est drôle... J'ai connu dans le temps ton professeur, Madame Dismaïlova... Elle ne me reconnaît pas car je ne suis plus le jeune homme que j'étais alors... Elle aussi a bien changé. En ce temps-là, Catherine, j'étais un jeune homme assez bien de sa personne, et pour gagner un peu d'argent de poche, j'avais voulu faire de la figuration au Casino de Paris... Un soir, on m'a demandé de remplacer l'un des porteurs... Les porteurs sont ceux qui doivent porter les danseuses de la revue... Et la danseuse que je devais porter, c'était ta maman... Je l'ai prise dans mes bras de la façon que l'on m'a indiquée... Je suis entré en scène avec elle en titubant, sans mes lunettes... Et patatras ! ... Nous sommes tombés tous les deux par terre... Ta maman avait une crise de fou rire... Il a fallu baisser le rideau... Elle m'a trouvé très sympathique... C'est au Casino de Paris que j'ai connu aussi ton professeur, Madame Dismaïlova... Elle faisait partie de la revue...
Et papa, comme s'il avait peur que quelqu'un nous suive et entende notre conversation, a ralenti le pas et s'est penché vers moi.
— Eh bien, ma petite Catherine, a-t-il dit d'une voix très basse, presque un chuchotement, elle ne s'appelait pas Galina Dismaïlova à cette époque-là, mais tout simplement Odette Marchal... Et elle n'était pas russe mais originaire de Saint-Mandé où ses parents tenaient un petit café-restaurant... Elle nous y invitait souvent ta maman et moi. C'était une bonne camarade... Elle n'avait pas du tout l'accent russe, mais pas du tout...
Le cours de danse s'est achevé vers sept heures du soir. Madame Dismaïlova nous a dit :
— Au rrrevoir... et à jeudi prrrochain, les enfants...
Dans l'escalier, j'ai chuchoté :
— Tu aurais dû lui parler et l'appeler par son vrai nom...
Papa a éclaté de rire.
— Tu crois que j'aurais dû lui dire : Bonjour, Odette... Comment vont les amis de Saint-Mandé ?
Il est resté un moment silencieux. Et puis il a ajouté :
— Mais non... Je ne pouvais pas lui faire ça... Il faut la laisser rêver, elle et ses clients...
Le studio de danse se trouvait près de la gare...
1. ...du Nord.
2. ...de l’Est.
3. ...Montparnasse.
4. ...de Lyon.
Ответ:
Au restaurant
Un jour, peu avant Noël, Monsieur Bark invite Monsieur Linh au restaurant. C'est un endroit grandiose, avec quantité de tables et quantité de serveurs. Monsieur Bark fait asseoir son ami qui contemple ébloui tout autour de lui. Jamais le vieil homme n'a vu un lieu aussimagnifique. Monsieur Bark demande une chaise supplémentaire sur laquelle ils installent Sang diû. On s'adresse ensuite à un homme habillé en noir et en blanc, avec undrôle de costume, qui note des choses sur un petit carnet, s'incline et puis s'en va.
« Vous verrez, on va se régaler » !
Monsieur Bark noue autour de son cou la grande serviette blanche qui était posée à côté de son assiette.
Monsieur Linh en fait autant. Ensuite, il noue une autre serviette autour du petit cou de l'enfant, qui attend, sagement, sans rien dire, sur sa chaise.
« On venait parfois ici prendre un café, avec ma femme », dit Monsieur Bark.
Sa voix s'assourdit. Il y a un silence. Il parle de nouveau, mais avec lenteur. Parfois il s'interrompt un long moment, comme s'il allait chercher les mots très loin en lui et qu'il avait peine à les trouver.
Monsieur Bark s'est tu. Il passe sa lourde main sur son front. Il regarde les nuages par la baie vitrée du restaurant.
Il revient vers son ami et sur un ton grave lui dit :
« Je suis drôlement content d'être ici avec vous, Monsieur Linh ».
Le serveur revient avec les plats. Monsieur Bark a commandé ce qu'il y a de meilleur. Cela n’a pas de prix.
Monsieur Bark et Monsieur Linh mangent et boivent. Monsieur Linh goûte des mets dont il ne soupçonnaitmême pas l'existence. Rien ne lui est connu mais tout est très bon.
Monsieur Linh rit. Parfois, il tente de faire goûter un plat à son enfant. Elle est toujours sage, mais elle n'avale pas la nourriture. Monsieur Bark les regarde avec un sourire.
Quand le serveur a débarrassé la table,après les desserts, Monsieur Bark se penche, saisit un sac qu'il avait déposé tout à l'heure à côté de lui en s'asseyant, en sort un joli paquet qu'il tend à Monsieur Linh.
« Cadeau » ! dit-il. Et comme le vieil homme hésite, il poursuit : « Mais oui, c'est pour vous Monsieur Linh, cadeau ! Je vous en prie, prenez » !
Monsieur Linh prend le paquet. Il tremble. Il n'a pas l'habitude des présents.
« Eh bien ouvrez-le » ! dit Monsieur Bark, en joignant le mouvement du geste à la parole. Le vieil homme défait délicatement le papier d'emballage. Cela prend du temps car il le fait avec méticulosité et ses doigts ne sont pas très habiles. Une fois le papier enlevé, il a dans les mains une belle boîte. Monsieur Linh ouvre le couvercle de la boîte. À l'intérieur, il y a une feuille de soie, légère, d'un rosé très tendre. Il l'écarte. Son cœur bat la chamade. Il pousse un petit cri. Une robe de princesse vient d'apparaître, délicate, somptueuse, pliée avec grâce. Une robe éblouissante. Une robe pour Sang diû !
« Elle va être belle » ! dit Monsieur Bark en désignant la petite des yeux. Monsieur Linh ose à peine poser ses doigts sur la robe. Il a trop peur de l'abîmer. Jamais il n'a vu un vêtement aussi beau. Il repose la robe dans laboîte, la recouvre du papier de soie, ferme le couvercle. Ilprend les mains de Monsieur Bark dans les siennes, et les serre fort. Très fort. Longuement.
En fin d'après-midi Monsieur Bark raccompagne Monsieur Linh. Le jour est agréable. Il ne fait pas très froid. Lorsqu'ils parviennent au pied de l'immeuble du dortoir, les deux hommes se saluent.
Et le vieil homme, heureux, monte dans le dortoir en serrant sa petite fille contre lui.
Quelle saison est-ce ?
1. Le printemps.
2. L’été.
3. L’hiver.
4. L’automne.
Ответ:
Au jardin de l’Observatoire
Le guide était un homme heureux. On était vendredi et il menait son dernier carré de visiteurs. Les autres jours de la semaine, l'Observatoire recevait surtout des groupes de scolaires, des bambins surexcités qui couraient en tous sens, quand ce n'étaient pas des adolescents blasés, l'oreille et l'œil rivés sur leur portable. Rien à voir avec les jeunes retraités et les bénéficiaires des RTT qui formaient le public d'aujourd'hui. Des visiteurs attentifs, bien éduqués, prêts à écouter religieusement la moindre parole qui tomberait de sa bouche.
— D'abord, bienvenue à tous à l'Observatoire de Paris. Un édifice d'exception dont la construction fut décidée en 1666 par le grand Louis XIV et son non moins grand collaborateur... j'ai cité... Colbert.
Des murmures d'approbation bruissaient déjà. Qui ne connaissait pas le Roi-Soleil et son infatigable ministre ? Un long sourire s'ébaucha sur le visage poupin du guide. Il tenait son public en main. Un peu d'emphase, un soupçon de suspense et le tour était joué.
— Dès 1667, le chantier commença sous la direction de Perrault.
— Perrault, celui du Chaperon rouge ? interrogea aussitôt une voix anonyme.
Le guide laissa planer le doute un instant. Il adorait quand il était ainsi le centre de la curiosité générale.
— Bien vu, mais non. Il ne s'agit pas de Charles Perrault, l'immortel écrivain... mais de Claude, son frère, architecte du roi, le bâtisseur de cette merveille.
Et d'un geste ample de la main, il désigna la façade de l'Observatoire. A cet instant précis, son plaisir était de contempler les visages ravis et reconnaissants des visiteurs. Sa joie fut subitement tempérée par l'ingratitude visible d'une femme d'une cinquantaine d'années qui consultait son téléphone. Les jambes nues vissées sur de hauts talons, les cheveux courts, roux, le visage anguleux, elle pianotait avec dextérité sur son clavier tactile sans se soucier de la visite. Le guide haussa les épaules.
— Je vous invite maintenant à entrer dans ce bâtiment. Je passe en dernier pour refermer la porte.
Le groupe se mit en mouvement. L'inconnue ne bougea pas. Sur son écran, la page d'accueil de Facebook* venait d'apparaître. Elle remonta le fil d'actualité. Depuis l'automne, FB avait intégré à ses services une fonction de géolocalisation. En moins d'une seconde, une carte et un nom de lieu révélaient votre position exacte n'importe où sur la planète. Jamais plus vous ne seriez perdus. Jamais plus on ne vous perdrait.
Les deux derniers envois s'affichèrent :
David est à : Jardin du Luxembourg
Lucas est à : La Closerie des Lilas
— La visite ne semble guère vous intéresser, madame ?
Le guide venait de surgir, un sourire en lame de faucille entre les oreilles. Il n'allait faire qu'une bouchée de cette insolente.
— La visite ? (L'inconnue parut réfléchir.) En fait, je suis très surprise que vous n'ayez pas fait mention de la légende qui hante les lieux.
— Une légende ? (Le guide redressa l'amas graisseux qui lui servait de menton.) À l'Observatoire, dans ce temple de la Science ?
— Même les lieux dédiés à la lumière ont une part obscure. Vous ne savez pas qu'ici se dressait le château de Vauvert au Moyen Age ? C'est pourtant dans n'importe quel guide touristique de Paris bien informé.
— Quel château ?
L'inconnue fit claquer le boîtier de son portable.
— Celui du diable.
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* Деятельность запрещена в России.
Ce jour-là le guide a un groupe...
1. ...d'écoliers
2. ...de lycéens.
3. ...d'étudiants.
4. ...d'adultes.
Ответ:
L'île d'un Robinson
Jacques Vingtras a bousculé un jeune surveillant de son collège. Pour le punir, on l'a enfermé à clef dans une salle d'étude vide. C'est là qu'il découvre, oublié dans un coin, un ouvrage : Robinson Crusoé...
Il est nuit. Je m'en aperçois tout d'un coup. Combien y a-t-il de temps que je suis dans ce livre ? quelle heure est-il ?
Je ne sais pas, mais voyons si je puis lire encore ! Je frotte mes yeux, je tends mon regard, les lettres s'effacent, les lignes se mêlent, je saisis encore le coin d'un mot, puis plus rien.
J'ai le cou brisé, la nuque qui me fait mal, la poitrine creuse ; je suis resté penché sur les chapitres sans lever la tête, sans entendre rien, dévoré par la curiosité, collé aux flancs de Robinson, pris d'une émotion immense, remué jusqu'au fond de la cervelle et jusqu'au fond du coeur ; et en ce moment où la lune montre là-bas un bout de corne, je fais passer dans le ciel tous les oiseaux de l'île, et je vois se profiler la tête longue d'un peuplier comme le mât du navire de Crusoé ! Je peuple l'espace vide de mes pensées, tout comme il peuplait l'horizon de ses craintes ; debout contre cette fenêtre, je rêve à l'éternelle solitude et je me demande où je ferai pousser du pain...
La faim me vient : j'ai très faim. Vais-je être réduit à manger ces rats que j'entends dans la cale de l'étude ?
Comment faire du feu ? J'ai soif aussi. Pas de bananes ! Ah ! lui, il avait des limons frais ! Justement j'adore la limonade !
Clic, clac ! on farfouille dans la serrure. Est-ce Vendredi ? Ce sont des sauvages ? C'est le petit pion qui s'est souvenu, en se levant, qu'il m'avait oublié, et qui vient voir si j'ai été dévoré par les rats, ou si c'est moi qui les ai mangés.
Il a l'air un peu embarrassé, le pauvre homme ! — il me retrouve gelé, moulu, les cheveux secs, la main fiévreuse ; il s'excuse de son mieux et m'entraîne dans sa chambre, où il me dit d'allumer un bon feu et de me réchauffer.
Il a du thon mariné dans une timbale « et peut-être bien une goutte de je ne sais quoi, par là dans un coin, qu'un ami a laissé il y a deux mois ». C'est une topette d'eau-de-vie, son péché mignon... Il est forcé de repartir, de rejoindre sa division. Il me laisse seul, seul avec du -thon - poisson d'Océan — , la goutte — salut du matelot — et du feu — phare des naufragés.
Je me rejette dans le livre que j'avais caché entre ma chemise et ma peau, et je le dévore — avec un peu de thon, des larmes de cognac — devant la flamme de la cheminée.
Il me semble que je suis dans une cabine ou une cabane, et qu'il y a dix ans que j'ai quitté le collège ; j'ai peut-être les cheveux gris, en tout cas le teint hâlé. — Que sont devenus mes vieux parents ? Ils sont morts sans avoir eu la joie d'embrasser leur enfant perdu ? (C'était l'occasion pourtant, puisqu'ils ne l'embrassaient jamais auparavant.) O ma mère ! ma mère !
Je dis : « ô ma mère ! » sans y penser beaucoup, c'est pour faire comme dans les livres. Et j'ajoute : « Quand vous reverrai-je ? Vous revoir et mourir ! »
Jacques Vingtras s’est trouvé enfermé dans la salle de classe parce qu’il...
1. ...était puni.
2. ...avait peur d’aller à la maison.
3. ...avait un devoir à terminer.
4. ...attendait son professeur.
Ответ:
Un anniversaire
Aujourd’hui j’ai fêté mes soixante-cinq ans. Fêter convient mal à l’atmosphère de la réunion qui s’est tenue dans ma chambre, avec quelques personnes de mon âge, des Français exilés, rescapés comme moi de l’effondrement de ce monde qu’on nomme « l’Ancien Régime ». Après une promenade dans les rues enneigées, mes fidèles amis sont arrivés tout mouillés, puisque hélas ! la nécessité de se servir d’une canne exclut l’usage du parapluie. C’est le moindre des malheurs de la vieillesse ! J’ai mis à sécher devant la cheminée leurs habits trempés. Les dames se sont recoiffées, remaquillées, et l’on m’a offert mes cadeaux : des fleurs en soie sauvage, un éventail et une minuscule boîte ovale. J’ai gardé sur mes genoux les fleurs et l’éventail tandis que nous buvions du café et mangions des pâtisseries.
Comme d’habitude, et à l’unisson avec toute l’Europe, nous avons parlé de Napoléon, haineusement certes, mais d’une haine mesurée, à la différence de celle, véritablement enragée, qui anime une grande partie de la société viennoise dont nous faisons partie maintenant.
Auprès du feu, nous formions un demi-cercle. Nous étions presque coude à coude tant nos fauteuils étaient rapprochés. On se rappelait nos distractions des autres jours, les danses, les jeux aux cartes, les chansons qu’on chantait chaque soir. Comme nous parlions du malheur de survivre parmi des décombres, « survivre, c’est quand même vivre », a dit une amie ; mais elle prononça les mots si bas qu’il était difficile d’y croire...
C’était à peine la fin de l’après-midi, il faisait presque nuit. Il était temps pour mes invités de rentrer chez eux. Et c’est alors que, dans la cour, un groupe d’écoliers est venu chanter. Leurs voix étaient extraordinairement claires. Puis ils ont commencé à patiner sur la glace. J'étais contente de les voir en ne sachant pourquoi...
A nouveau seule, je me suis plongée dans les souvenirs.
J’ai demeuré onze ans en ce château, « en ce pays-ci », comme on disait pour désigner la Cour, sans jamais m’y habituer mais en incorporant comme une nécessité vitale son étrangeté. Onze ans... lorsque j’y pense maintenant, cela me semble très loin, étant donné ce qui me sépare de cette époque : le trait de sang de la Révolution. Mais aussi très proche, sans doute parce que la vie là-bas ne ressemblait à rien d’autre. Le temps, purement cérémonial, y passait autrement, selon des repères singuliers.
Sa vraie division n’était pas en termes d’années, ni de mois, ni même de semaines, mais de journées. À Versailles, les jours se suivaient, identiques. C’était, dans l’absolu, la Règle. Mais la réalité ne cessait d’y apporter des obstacles. La répétition n’était jamais complètement réussie. Nous étions condamnés au déclin. La vie à Versailles ne pouvait aller qu’en se dégradant... De minces modifications en anicroches, de réformes en bouleversements, on aboutit ainsi à ces journées de juillet 1789, qui virent la capitulation du Roi et la dispersion de la Cour, mon départ indésirable — l’effondrement, en moins d’une semaine, d’un ensemble de rites que j’avais cru définitifs. À Versailles, les jours se suivaient et se ressemblaient. C’était la Règle et j’y croyais jusqu'à mon dernier jour en France. C'était comme ça, à Versailles.
L'action se passe...
1. ...en été.
2. ...en hiver.
3. ...en automne.
4. ...au printemps.
Ответ:
Une très courte histoire
Par une soirée brûlante, à Padoue, on le transporta sur le toit d’où il pouvait découvrir toute la ville. Des oiseaux rayaient le ciel. La nuit tomba et les projecteurs s’allumèrent. Lucie et lui les entendaient en dessous, sur le balcon. Lucie s’assit sur
le lit.
Lucie avait pris les fonctions de sage-femme dans l’hôpital pour rester avec lui. Quand on l’opéra, elle lui fit sa toilette pour la table d’opération. Ils plaisantèrent. Quand on l’endormit, il se concentra pour ne rien dire au moment ridicule où on raconte des histoires. Quand il put marcher avec des béquilles, il commença à prendre lui-même les températures pour éviter à Lucie de se lever. Il n’y avait que quelques malades ; tous étaient au courant de leur amour et tous aimaient bien Lucie.
Avant son retour au front, ils allèrent prier au Duomo. Dans l’église sombre et paisible, d’autres personnes étaient agenouillées. Ils voulaient se marier, mais ni l’un ni l’autre n’avaient d’extrait de naissance. Ils se considéraient eux-mêmes comme mariés, mais ils voulaient que tout le monde le sache, pour être plus sûrs de ne pas se perdre.
Lucie lui écrivit beaucoup de lettres qu’il ne reçut qu’après l’armistice. Quinze arrivèrent en paquet au front ; il les classa d’après les dates et les lut à la file. Elles parlaient toutes de l’hôpital, disaient combien elle l’aimait, comme c’était impossible de vivre sans lui et comme il lui manquait affreusement. Après l’armistice, ils décidèrent qu’il devait rentrer en Amérique et trouver du travail pour qu’ils puissent se marier. Lucie ne le rejoindrait que lorsqu’il aurait une bonne situation et pourrait venir la chercher. Il était entendu qu’il ne boirait pas et ne verrait ni ses amis ni personne aux États-Unis. Trouver une situation et se marier.
Rien d’autre. Dans le train, de Padoue à Milan, ils se chamaillèrent parce qu’elle était sur le point de partir pour l’Amérique sans attendre. Au moment de se séparer à la gare de Milan, ils s’embrassèrent mais leur querelle n’était pas éteinte. Il était
malade de la quitter comme ça.
Il embarqua pour l’Amérique à Gênes. Lucie retourna à Padoue où allait s’ouvrir un hôpital. C’était un endroit isolé et pluvieux. Un bataillon s’y trouvait cantonné. L’hiver, dans la petite ville bourbeuse et humide, un major fit la cour à Lucie ; elle n’avait encore jamais connu d’Italiens. Finalement, elle écrivit aux États-Unis que leur liaison n’avait été qu’une aventure de gamins. Elle était désolée, elle savait qu’il ne comprendrait probablement pas, mais peut-être un jour lui pardonnerait-il et lui serait-il reconnaissant... Contre toute attente, elle allait se marier au printemps. Elle l’aimait toujours, mais elle s’était rendu compte que ça n’avait été qu’une amourette. Elle espérait qu’il ferait une brillante carrière et lui faisait entière confiance. Elle savait que c’était très bien ainsi.
Le major ne l’épousa ni au printemps ni à aucune autre saison. Lucie ne reçut jamais de réponse de Chicago. Elle revint en Amérique mais ne put jamais retrouver son ancien ami. Elle le chercha jusqu'à la trentaine, puis se maria avec un autre.
Lucie a commencé à travailler à l’hôpital...
1. ...parce qu’elle voulait aider les gens.
2. ...parce qu’elle voulait devenir médecin.
3. ...parce qu’elle n’a pas trouvé d’autre travail.
4. ...pour aider son compagnon pendant l’opération.
Ответ:
Une bonne nouvelle
Cette amazone casquée, perchée sur sa moto avec un gros sac à dos, c'est ma fille, c'est Laure ! La pluie tombe depuis un moment, traversée par les brusques bouffées d'un vent chasseur qui me rend mon enfance, ma Bretagne.
Comme Laure arrive en bas de la maison, elle lève les yeux pour voir s'il y a de la lumière. Ils ont toujours fait ça, les enfants, en revenant de l’école, du lycée, de l'université ; vérifier que c’était allumé, qu'il y avait bien quelqu'un.
Laure est l’aînée : vingt-quatre ans, deux de plus qu'Olivier. « La petite bombe », l'a surnommée son père. Menue, rondelette, elle a toujours fait preuve d’une volonté de fer et d'un optimisme à tout casser, mélange parfois explosif, en effet. Elle a les cheveux blonds et les yeux bleus.
Regard vert, tignasse brune, 45 de pointure, c'est le petit-grand frère, de mes deux enfants le plus vulnérable. Laure l’a toujours protégé. Lorsqu'il a décidé d’abandonner ses études de droit pour se consacrer au théâtre et qu’il a quitté la maison, quand Matthieu lui a annoncé qu’il devrait désormais se débrouiller seul, elle l’a défendu. Le physique d’Olivier plaît ; il s'en tire à peu près grâce à de la publicité pour la télévision.
Le couvert est mis. Tout est prêt. En attendant, nous prenons l'apéritif au salon.
— Voilà Papa !
Une clé tourne dans la serrure. Matthieu apparaît à la porte.
— Quelqu’un d’autre au programme ?
— Oui, Thibaut !
Thibaut est arrivé, portant cérémonieusement un pot de fleurs... sans fleur. On ne voyait, à la surface de la terre, qu'un fin tapis de cailloux blancs.
— La surprise est dessous, a-t-il déclaré en me l'offrant. Si tout se passe bien, elle devrait s’épanouir en avril. Elle réclame un climat tempéré, quelques gouttes d'eau minérale chaque jour et de douces paroles.
Les yeux de Thibaut m'ont souri derrière les larges lunettes. Je me sentais une grande tendresse pour lui ; son cadeau lui ressemblait.
Le dîner a été animé. Olivier est arrivé au fromage.
— Si cela ne vous ennuie pas trop, soyez à la maison samedi à onze heures, a déclaré notre fille du ton neutre.
— Ah bon, et pourquoi ça ? a demandé Matthieu distraitement.
— Eh bien, parce que les parents du jeune garçon plein d'avenir que vous voyez à votre table viendront vous rendre visite, a poursuivi Laure en désignant Thibaut.
— Veux-tu dire...
— Que nous nous marions ? Eh oui, a soupiré Laure. L’atavisme, vous savez ce que c'est !
Le visage radieux, Laure racontait : ses futurs beaux-parents vivaient en Anjou, dans le petit château de famille : « Montplaisir », depuis que M. de Marcey avait pris sa retraite. Thibaut avait trois soeurs et un frère aîné, tous mariés. Le concubinage n'étant pas le genre de la famille — alors là, pas du tout ! Bref, on veut un vrai mariage, une grande fête avec tout le monde, des tas de cadeaux !
— C'est plutôt une bonne nouvelle, tu ne trouves pas, atthieu ?
— Bien sûr que si ! Mais ils ont une façon de vous les assener, leurs bonnes nouvelles !
Dans le salon, on a entendu le rire des enfants. A genoux sur la moquette, Laure fouillait dans le tiroir aux photos.
— Enfin, je l'ai ! s'est exclamée Laure.
Elle m'a mis sous le nez la photo qu'elle cherchait. C’est le printemps. On le voit aux aiguilles d’or des genêts, aux frênes en fleur, à une certaine tendresse de la lumière sur le pourpre des pivoines. Au coeur d’une pelouse, une jeune femme en tulle blanc sourit à un jeune homme en jaquette, l'air un peu guindé. Telle mère, telle fille, a déclaré Laure. Je me marierai à l’Auberge, comme toi.
Quelle habitude avaient les enfants de l’auteur quand ils rentraient à la maison ?
1. Les enfants tournaient la clé dans la serrure.
2. Ils prenaient l’apéritif au salon.
3. Ils fouillaient dans les tiroirs.
4. Les enfants levaient les yeux pour voir si les fenêtres étaient allumées.
Ответ:
Une visite inattendue
Le matin, le gouverneur de Drontheim ordonna qu’on attelât sa voiture de voyage, espérant partir pendant que la comtesse d’Ahlefeld dormirait encore ; mais nous avons déjà dit que le sommeil de la comtesse était léger.
Le général venait de signer les dernières recommandations qu’il adressait à l’évêque, aux mains duquel le gouvernement devait être remis par intérim.
Il se levait, après avoir endossé sa redingote fourrée, pour sortir, quand l’huissier annonça la noble chancelière.
Ce contretemps déconcerta le vieux soldat, accoutumé à rire devant la mitraille de cent canons, mais non devant les artifices d’une femme. Il fit néanmoins d’assez bonne grâce ses adieux à la méchante comtesse, et ne laissa percer quelque humeur sur son visage que lorsqu’il la vit se pencher vers son oreille avec cet air astucieux qui voulait seulement paraître confidentiel.
— Eh bien, noble général, que vous a-t-il dit ?
— Qui ? Poël ? il m’a dit que la voiture allait être prête.
— Je vous parle du prisonnier de Munckholm, général.
— Ah !
— A-t-il répondu à votre interrogatoire d’une manière satisfaisante ?
— Mais... oui vraiment, dame comtesse, dit le gouverneur, dont on devine l’embarras.
— Avez-vous la preuve qu’il ait trempé dans le complot des mineurs ?
Une exclamation échappa à Levin.
— Noble dame, il est innocent !
Il s’arrêta tout court, car il venait d’exprimer une conviction de son coeur, et non de son esprit.
— Il est innocent ! répéta la comtesse d’un air consterné, quoique incrédule ; car elle tremblait qu’en effet Schumacker n’eût démontré au général cette innocence qu’il était si important aux intérêts du grand-chancelier de noircir.
Le gouverneur avait eu le temps de réfléchir ; il répondit à l’insistance de la grande-chancelière d’un ton de voix qui la rassura, parce qu’il décelait le doute et le trouble :
— Innocent... Oui, si vous voulez...
— Si je veux, seigneur général !
Et la méchante femme éclata de rire.
Ce rire blessa le gouverneur.
— Noble comtesse, dit-il, vous permettrez que je ne rende compte de mon travail, c'est-à-dire mon entretien avec l’ex-grand-chancelier, qu’au vice-roi.
Alors il salua profondément, et descendit dans la cour où l’attendait sa voiture.
— Oui, se disait la comtesse d’Ahlefeld rentrée dans ses appartements, pars, chevalier errant, que ton absence nous délivre du protecteur de nos ennemis. Va, ton départ est le signal du retour de mon Frédéric, maintenant, quand tu n'es pas là, il peut revenir...
À cette pensée, elle s’adressa à sa suivante favorite.
— Ma chère Lisbeth, vous ferez venir de Berghen deux douzaines de ces petits peignes que nos élégants portent dans leurs cheveux ; vous vous informerez du nouveau roman de la fameuse Scudéry, et vous veillerez à ce qu’on lave régulièrement tous les matins dans l’eau de rose la guenon de mon cher Frédéric.
— Quoi ! ma gracieuse maîtresse, demanda Lisbeth, est-ce que le seigneur Frédéric peut revenir ?
— Oui, vraiment ; et, pour qu’il ait quelque plaisir à me revoir, il faut faire tout ce qu’il demande ; je veux lui ménager une surprise à son retour.
Le gouverneur de Drontheim voulait partir avant que la comtesse d’Ahlefeld...
1. ...ne se réveille.
2. ...ne s'endorme.
3. ...ne parte elle-même.
4. ...ne se couche.
Ответ:
Mes amis
Il y a quelque temps, j’ai trouvé un petit chat près de la porte de ma maison. Il mourait de faim, de froid et de peur. A ma plus grande surprise mes parents étaient d’accord de le garder. Je l’ai appelé Flocon.
Le soir, en général, quand je rentre, je trouve mon jeune frère, Lucas, en train de jouer avec notre chien, Zoltan. C’est Lucas qui a choisi ce nom — sûrement pioché dans une de ses BD de super-héros. Avec un nom pareil, on s’attend à ce que ce gentil chien ait des lasers dans les pattes ou une vision à rayons X, mais ses seuls superpouvoirs révélés à ce jour sont ceux de renverser les poubelles pour les fouiller ou de rester des heures à regarder le frigo en espérant qu’une fée viendra lui ouvrir la porte pour lui permettre d’avaler tout le contenu.
Lucas et Zoltan passent des heures à se poursuivre dans le salon, autour du canapé — sur le canapé quand les parents ne sont pas là — et dans l’escalier qui monte aux chambres. Je n’ai que trois ans d’écart avec Lucas, un monde nous sépare. Par exemple, il mange n’importe quoi, il s’habille n’importe comment et il rigole pour des trucs affligeants. Parfois, les trois se cumulent, et ça donne quelque chose de sidérant : il est devant la télé, à rire comme un débile, en mangeant des demi-plaques de chocolat tartinées de beurre, avec son t-shirt à l’envers.
Flocon s’est vite habitué et il a commencé à jouer, mais le plus curieux, c’est qu’il s’amusait avec Zoltan... Le chien l’a très vite adopté. Au début, le chaton escaladait le chien pour lui mordiller les oreilles ou le gratter. Un vrai tapis d’éveil. Flocon adorait aussi jouer avec la queue de Zoltan, qui se prêtait de bonne grâce au manège. Et puis tout à coup, le chaton épuisé s’endormait contre son grand copain. Zoltan ne bougeait pas, prenant un soin touchant de la petite boule de poils. Puis le petit a commencé à se faufiler en cavalant sous les chaises, pendant que le gros le poursuivait en les faisant voler. À Noël, le sapin a plusieurs fois failli tomber à cause d’eux, le jeune se cachant en dessous pendant que le gros balourd tentait l’impossible pour le chasser.
Ils sont devenus inséparables. Maintenant, le soir, le chat s’endort entre les pattes du chien. Zoltan laisse même le chaton manger dans sa gamelle, alors qu’il grogne quand c’est Lucas qui essaye — et je vous jure que mon frère tente régulièrement. Le truc étonnant, c’est que le chat grandit avec pour seul modèle le chien. Du coup, Flocon développe certains comportements qui ne sont pas forcément ceux de son espèce... Il miaule comme le chien aboie lorsque quelqu’un sonne, et il a tendance à aller chercher ce qu’on lui jette pour jouer. Voir le petit essayer d’imiter le grand est un spectacle génial. Par moments, on se retrouve avec Lucas à les regarder s’amuser tous les deux. M. Fréteau, un de mes anciens profs de français, dit que la méthode d’éducation la plus puissante, c’est l’exemple. Ce qui se passe à la maison semble lui donner raison. Flocon est en train de prendre des habitudes de chien. Je redoute un peu le résultat... Surtout avec Lucas comme guide spirituel. Je vois Flocon, assis sur son petit derrière, qui se tord la tête pour regarder bien au-dessus de lui son modèle canin. Il est si petit, si mignon aux pieds de l’autre si grand... Flocon ne se demande pas s’ils sont de la même espèce. Ils vivent ensemble, c’est tout. Flocon croit-il qu’il deviendra aussi grand que Zoltan ? Va-t-il lui aussi prendre l’habitude de s’endormir dans le canapé sur le dos, en espérant des grattouilles sur le ventre ? Je me demande.
D’après Gilles Legardinier « Et soudain tout change »
Comment l’auteur a-t-elle eu un petit chaton ?
1. On lui a offert ce chat pour son anniversaire.
2. L’auteur l’a trouvé près de chez elle.
3. Le chat est entré dans la maison tout seul.
4. Son frère a apporté le chat à la maison.
Ответ:
Une rencontre
Un homme et deux chevaux étaient entrés dans la cour du palais du gouverneur de Drontheim. Le cavalier avait quitté la selle en hochant la tête d’un air mécontent ; il se préparait à conduire les deux montures à l’écurie, lorsqu’il se sentit saisir brusquement le bras, et une voix lui cria :
— Comment ! vous voilà seul, Poël ! Et Ordener, votre maître ? où est votre maître ?
C’était le vieux général Levin de Knud, qui, de sa fenêtre, ayant vu le domestique du jeune homme et la selle vide, était descendu précipitamment et fixait sur le valet un regard plus inquiet encore que sa question.
— Excellence, dit Poël en s’inclinant profondément, mon maître n’est plus à Drontheim.
— Quoi ! Il y était donc ? Il est reparti sans voir son général, sans embrasser son vieil ami ! Et depuis quand ?
— Il est arrivé ce soir et reparti ce soir.
— Ce soir ! Ce soir ! Mais où donc s’est-il arrêté ? Où est-il allé ?
— Il a descendu au Spladgest, et s’est embarqué pour Munckholm.
— Ah ! Je le croyais aux antipodes. Mais que va-t-il faire à ce château ? Qu’allait-il faire au Spladgest ? Voilà bien mon chevalier errant ! C’est aussi un peu ma faute, pourquoi l’ai-je élevé ainsi ? J’ai voulu qu’il fût libre en dépit de son rang.
— Aussi n’est-il point esclave des étiquettes, dit Poël.
— Non, mais il l’est de ses caprices. Allons, il va sans doute revenir. Songez à vous rafraîchir, Poël.
— Dites-moi, et le visage du général prit une expression de sollicitude, ditesmoi, Poël, avez-vous beaucoup couru à droite et à gauche ?
— Mon général, nous sommes venus en droite ligne de Berghen. Mon maître était triste.
— Triste ? Que s’est-il donc passé entre lui et son père ? Ce mariage lui déplaît-il ?
— Je l’ignore. Mais on dit que sa sérénité l’exige.
— L’exige ! Vous dites, Poël, que le vice-roi l’exige ! Mais pour qu’il l’exige, il faut qu’Ordener s’y refuse.
— Je l’ignore, excellence. Il paraît triste.
— Triste ! Savez-vous comment son père l’a reçu ?
– La première fois, c’était dans le camp, près de Berghen. Sa sérénité a dit : Je ne vous vois pas souvent, mon fils. — Tant mieux pour moi, mon seigneur et père, a répondu mon maître, si vous vous en apercevez. Puis il a donné à sa sérénité des détails sur ses courses du Nord ; et sa sérénité a dit : C’est bien. Le lendemain, mon maître est revenu du palais, et a dit : On veut me marier ; mais il faut que je voie mon second père, le général Levin. — J’ai sellé les chevaux, et nous voilà.
— Vrai, mon bon Poël, dit le général d’une voix altérée, il m’a appelé son second père ?
— Oui, votre excellence.
— Malheur à moi si ce mariage le contrarie, car j’encourrai plutôt la disgrâce du roi que de m’y prêter. Mais cependant, la fille du grand-chancelier des deux royaumes !... À propos, Poël, Ordener sait-il que sa future belle-mère, la comtesse d’Ahlefeld, est ici incognito depuis hier, et que le comte y est attendu ?
— Je l’ignore, mon général.
— Oh ! se dit le vieux gouverneur, oui, il le sait, car pourquoi aurait-il battu en retraite dès son arrivée ?
Ici le général, après avoir fait un signe de bienveillance à Poël, et salué la sentinelle qui lui présentait les armes, rentra inquiet dans l’hôtel d’où il venait de sortir inquiet.
Le cavalier arrivé dans la cour du palais du gouverneur de Drontheim était...
1. ...un amiral.
2. ...un général.
3. ...un capitaine.
4. ...un serviteur.
Ответ:
La chatte Missoui et les enfants
Avec les enfants, la chatte Missoui savait tout d’instinct : qu’il ne faut pas sortir les griffes sur la peau, et même à travers les vêtements, qu’il faut tout supporter des bébés et ne pas dormir sur leur tête.
Et je vis Missoui se laisser habiller d’une robe de poupée, puis d’un manteau par-dessus, le tout boutonné du bas jusqu’en haut, le col bien serré autour du cou, avec par-dessus le marché un bonnet. Je revois encore son regard si doux et résigné sous le bord en tricot du bonnet, au ras de ses sourcils — « Tu vois ce qu’il me fait ? ».
Supporter cela, pour un chat, c’est déjà beaucoup. Mon fils, ensuite, l’asseyait dans une petite poussette pour poupée appartenant à sa soeur — donc tout à fait de la taille d’un chat — et il se lançait à fond de train dans l’appartement, passant au ras des tables, exécutant un virage au fond du salon, puis un slalom entre les chaises, avant d’atteindre la vitesse maximum dans la ligne droite du couloir, tout en faisant avec sa bouche le bruit des voitures de course. Avant de voir réapparaître la course folle, je supposais toujours que la chatte avait sauté en marche. Pas du tout. L’ensemble de l’équipage réapparaissait, y compris la chatte, toujours assise avec son bonnet sur la tête et son beau regard me prenait à témoin au passage, ou au beau milieu d’un virage où elle manquait verser. Elle tournait un peu la tête vers moi, gênée par son col trop serré, l’air de dire encore : « Tu vois ce qu’il me fait » ? Mais je laissais faire, car on voyait très bien qu’elle était heureuse. Mon fils organisait les incroyables scènes de bataille, où la chatte était tour à tour ennemi, compagnon de combat, barricade à franchir. Il sautait à pieds joints au-dessus d’elle, retombait de tout son poids à dix centimètres de son corps en faisant vibrer tout l’étage. Je tremblais qu’un jour il ne lui écrase une patte. Elle, ne frémissait pas d’un poil et le regardait faire, tranquille et ravie. Et, la crise de guerre terminée, s’ensuivait un gros câlin à deux où Missoui, la truffe contre son nez, lui apprenait la douceur et l’intimité.
Dans mes souvenirs, une petite scène me revient, qui nous avait beaucoup frappées, ma fille et moi. Elle avait environ sept ou huit ans et était en proie un soir à l’un de ces chagrins d’enfant accompagné de sanglots déchirants, et dont on oublie la raison à peine quelques jours après. Elle pleurait depuis un bon moment déjà, faisant beaucoup de bruit, réfugiée dans l’angle d’un grand canapé. La chatte, couchée sur un fauteuil un peu plus loin, de l’autre côté d’une table basse, la regardait attentivement. Je dus dire un mot qui déclencha chez ma fille un sanglot particulièrement fort et désespéré. La chatte ne fit qu’un bond et se précipita sur elle. Comme un éclair, elle sauta la table, parcourut toute la longueur du canapé sur le bord du dossier, avec la soudaineté et la violence d’une attaque... pour se blottir dans son cou, la tête enfouie sous son oreille.
Ma fille, complètement surprise par ce qui venait d’arriver, restait figée, tout sanglot suspendu, bouche ouverte, n’osant bouger avec la chatte immobile sur son épaule, son mufle appuyé sur son cou. Au bout d’un moment, toujours sans oser remuer, elle balbutia, la voix mouillée de larmes : « Tu as vu ce qu’elle a fait » ? Au bout d’un moment, ma fille la serra contre elle. Ni elle ni moi n’osions vraiment nous rendre à l’évidence : Missoui avait sans doute bondi pour la consoler. En tout cas, de chagrin il ne fut plus question et nous en avons instantanément oublié la raison. Mais nous parlons encore de ce merveilleux et surprenant moment vécu grâce à Missoui.
Qu’est-ce que la chatte Missoui savait d’instinct en contactant les bébés ?
1. Il ne faut pas sortir les griffes sur la peau, et même à travers les vêtements.
2. Il faut se sauver quand les enfants commencent à jouer.
3. Il faut attendre la fin des repas pour manger les restes des assiettes des bébés.
4. Il faut appeler la maîtresse quand l’enfant pleure.
Ответ:
Un adolescent devant un Livre
Et le voilà, adolescent enfermé dans sa chambre, devant un livre qu’il ne lit pas. Toutes ses envies d’être ailleurs font entre lui et les pages ouvertes un écran vert qui trouble les lignes. Il est assis devant sa fenêtre, la porte fermée dans son dos. Page 48. Il n’ose compter les heures passées à atteindre cette quarantehuitième page. Le bouquin en compte exactement quatre cent quarante-six. Des pages bourrées de lignes comprimées entre des marges minuscules, de noirs paragraphes entassés les uns sur les autres. Ça manque d’air !
S’il se souvenait, au moins, du contenu de ces quarante-sept premières pages ! Il n’ose même pas se poser la question — qu’on lui posera, inévitablement. La nuit d’hiver est tombée. Des profondeurs de la maison monte jusqu’à lui l’indicatif du journal télévisé. Encore une demi-heure à tirer avant le dîner. Pour lui, c’est épais, c’est compact, c’est dense, c’est un objet déplaisant, un livre. Page quarante-huit ou cent quarante-huit, quelle différence ? Le paysage est le même. Il revoit les lèvres du prof prononcer le titre. Il entend la question unanime des copains : « Combien de pages ? » — « Trois ou quatre cents... » (Menteur...) — « C’est pour quand ? ».
L’annonce de la date fatidique déclenche un concert de protestations : « Quinze jours ? Quatre cents pages à lire en quinze jours ! Mais on n’y arrivera jamais, Monsieur ! ».
Monsieur ne négocie pas. Pour un élève, un livre, c’est un objet désagréable et c’est un bloc d’éternité. C’est la matérialisation de l’ennui. « Le livre ». Il ne le nomme jamais autrement dans ses dissertations : le livre, un livre, les livres, des livres. « Dans son livre Les Pensées, Pascal nous dit que... »
Le prof a beau protester en rouge que ce n’est pas la dénomination correcte, qu’il faut parler d’un roman, d’un essai, d’un recueil de nouvelles, d’une plaquette de poèmes, que le mot « livre », en soi, dans son aptitude à tout désigner ne dit rien de précis, qu’un annuaire téléphonique est un livre, tout comme un dictionnaire, un guide bleu, un album de timbres, un livre de comptes... Rien à faire, le mot s’imposera de nouveau à sa plume dans sa prochaine dissertation : « Dans son livre, Madame Bovary, Flaubert nous dit que... »
Parce que, du point de vue de sa solitude présente, un livre est un livre. Et le poids de chaque livre est de ceux qui vous tirent vers le bas. L’adolescent s’est assis relativement léger sur sa chaise, tout à l’heure — la légèreté des résolutions prises. Mais, au bout de quelques pages, il s’est senti envahi par cette pesanteur douloureusement familière, le poids du livre, poids de l’ennui, insupportable fardeau de l’effort inabouti.
Maison vide, parents couchés, télévision éteinte, il se retrouve donc seul ... devant la page 48. Et cette "fiche de lecture" à rendre demain... Bref calcul mental : 446 — 48 = 398. Trois cent quatre-vingt-dix-huit pages à s’envoyer dans la nuit !
Il s’y remet bravement. Une page poussant l’autre. Les mots du « livre » dansent entre les oreillettes de son walkman. Sans joie. Les mots ont des pieds de plomb. Il lit comme on avance. C’est le devoir qui pousse. Page 62, page 63.
Il lit. Que lit-il ? L’histoire d’Emma Bovary. L’histoire d’une fille qui avait beaucoup lu. Le mieux est de téléphoner à Thierry, ou à Stéphanie, pour qu’ils lui passent leur fiche de lecture, demain matin, qu’il recopiera vite fait, avant d’entrer en cours, ni vu ni connu, ils lui doivent bien ça.
Avec quel sentiment un adolescent est-il devant son livre ?
1. Il lit vite pour terminer son devoir avant le journal télévisé.
2. Il est en colère contre son prof qui a donné ce devoir.
3. Il a envie d’être ailleurs et il ne comprend pas ce qu’il lit.
4. Il éprouve un grand intérêt à ce qu’il lit.
Ответ:
L'arrivée au collège
Sarlande est une petite ville des Cévennes, bâtie au fond d’une étroite vallée que la montagne enserre de partout comme un grand mur. Quand le soleil y donne, c’est une fournaise ; quand la tramontane souffle, une glacière...
Le soir de mon arrivée, les rues étaient noires et désertes... Sur la place d’armes, quelques personnes attendaient la voiture, en se promenant de long en large devant le bureau mal éclairé. À peine descendu de mon impériale, je me fis conduire au collège, sans perdre une minute.
J’avais hâte d’entrer en fonctions. Le collège n’était pas loin de la place ; après m’avoir fait traverser deux ou trois larges rues silencieuses, l’homme qui portait ma malle s’arrêta devant une grande maison, où tout semblait mort depuis des années.
— C’est ici, dit-il, en soulevant l’énorme marteau de la porte... Le marteau retomba lourdement, lourdement... la porte s’ouvrit d’elle-même... Nous entrâmes. J’attendis un moment sous le porche, dans l’ombre. L’homme posa sa malle par terre, je le payai, et il s’en alla bien vite... Derrière lui, l’énorme porte se referma lourdement, lourdement... Bientôt après, un portier somnolent, tenant à la main une grosse lanterne, s’approcha de moi.
— Vous êtes sans doute un nouveau ? me dit-il d’un air endormi. Il me prenait pour un élève...
— Je ne suis pas un élève du tout. Je viens ici comme maître d’études ; conduisez-moi chez le principal...
Le portier parut surpris ; il souleva sa casquette et m’engagea à entrer une minute dans la loge. Pour le quart d’heure, M. le principal était à l’église, avec les enfants qui font leurs études au collège. On me mènerait chez lui dès que la prière du soir serait terminée. Dans la loge, on achevait de souper. Un grand beau gaillard à moustaches blondes dégustait un verre d’eau-de-vie aux côtés d’une petite femme maigre, souffreteuse, jaune comme un coing et emmitouflée jusqu’aux oreilles dans un châle fané.
— Qu’est-ce donc, monsieur Cassagne ? demanda l’homme aux moustaches. nouveau maître d’études, répondit le concierge en me désignant... Monsieur est si petit que je l’avais d’abord pris pour un élève.
— Le fait est, dit l’homme aux moustaches, en me regardant par-dessus son verre, que nous avons ici des élèves plus grands et même plus âgés que monsieur...
Veillon l’aîné, par exemple.
— Et Crouzat, ajouta le concierge.
— Et Soubeyrol... fit la femme.
Là-dessus, ils se mirent à parler entre eux à voix basse, le nez dans leur vilaine eau-de-vie et me dévisageant du coin de l’oeil... Au-dehors on entendait la tramontane qui ronflait et les voix criardes des élèves récitant les litanies à la chapelle. Tout à coup une cloche sonna ; un grand bruit de pas se fit dans les vestibules.
— La prière est finie, me dit M. Cassagne en se levant ; montons chez le principal. Il prit sa lanterne, et je le suivis. Le collège me sembla immense... D’interminables corridors, de grands porches, de larges escaliers avec des rampes de fer ouvragé..., tout cela vieux, noir, enfumé... Le portier m’apprit qu’avant 89 la maison était une école de marine, et qu’elle avait compté jusqu’à huit cents élèves, tous de la plus grande noblesse. Comme il achevait de me donner ces précieux renseignements, nous arrivions devant le cabinet du principal... M. Cassagne poussa doucement une double porte matelassée, et frappa deux fois contre la boiserie. Une voix répondit : « Entrez ! » Nous entrâmes...
Sarlande est le nom...
1. ...d'un lieu.
2. ...d'une fête.
3. ...d'une personne.
4. ...d'un établissement.
Ответ:
Je suis très malade
J’ai toujours en mémoire cette visite faite un jour à la bibliothèque du British Muséum. Je voulais me renseigner sur le traitement d’une légère indisposition dont j’étais plus ou moins atteint — c’était, je crois, le rhume des foins. Je consultai un dictionnaire médical et lus tout le chapitre qui me concernait. Puis, sans y penser, je me mis а tourner les pages d’un doigt machinal et а étudier d’un oeil indolent les maladies, en général. Et comme je trouvai les symptômes de chacune d’elles, je crus que je les avais toutes !
Je m’interrogeai ensuite sur mon espérance de vie. Évidemment, il ne me resterait pas beaucoup...
J’étais entré dans cette salle de lecture avec l’enthousiasme que confèrent la jeunesse et la santé. J’en ressortis tel un vieillard décrépit.
J’irais consulter mon médecin. C’est un vieil ami à moi. Quand je me figure que je suis malade, il me tâte le pouls, me regarde la langue, et me parle de la pluie et du beau temps, le tout gratis. Sûr que je lui rendrais un fier service en allant le voir. « Un médecin a besoin de pratique, me dis-je. Je me mettrai а sa disposition et il en retirera une expérience supérieure а celle de mille sept cents malades réunis, de ces malades ordinaires qui n’ont qu’une ou deux maladies tout au plus. » Je me rendis donc chez lui.
« Eh bien, qu’as-tu donc ? m’interrogea-t-il.
— Tu sais, mon vieux, la vie est courte et tu risquerais fort d’avoir achevé la tienne avant que j’aie fini de te raconter ce que j’ai. Toutefois, je puis t’assurer que les maladies, je les ai toutes. De A а Z ! »
Je lui contai alors en détail comment j’en avais fait la découverte.
Il me fit tirer la langue, y jeta un coup d’oeil, me prit le pouls, m’assena une claque dans le dos au moment ou je m’y attendais le moins — ce que j’appelle un coup en traître — puis y colla brutalementson oreille. Après quoi il s’assit, rédigea une ordonnance, la plia et me la remit. Je la fourrai dans ma poche et m’en allai. Je ne sortis l’ordonnance que pour la tendre au pharmacien le plus proche. Il la lut et me la rendit en s’excusant de ne pouvoir me satisfaire.
« Vous n’êtes pas pharmacien ? demandai-je.
— Si, précisément : je tiens une pharmacie… mais pas un hôtel-restaurant », me répondit-il.
C’est alors seulement que je lus l’ordonnance. Voici ce qu’elle prescrivait :
« Une livre de bifteck, plus une pinte de bière brune toutes les six heures. Une promenade de quinze kilomètres chaque matin.
Coucher à onze heures précises, chaque soir. Et ne te bourre donc pas le crâne avec des choses qui te dépassent. »
D’après J. K. Jérome
Pourquoi le narrateur est-il venu à la bibliothèque ?
1. Pour savoir comment traiter une maladie.
2. Pour rencontrer son ami le docteur.
3. Pour prendre des livres à lire chez lui.
4. Pour rendre des livres pris auparavant.
Ответ:
Comédies musicales : la recette d’un succès
Un pour tous, tous pour un ! Depuis cet automne, «Les 3 mousquetaires» ont du succès au Palais des sports de Paris, avant leur tournée en France.
Cet hiver, ce sont plus d’une dizaine de comédies musicales qui s’affichent à Paris. Ce genre de spectacle a fini par faire s’enflammer le coeur des Français, selon la recette bien établie de grands spectacles conçus pour plaire à un large public. À commencer par le choix d’un casting talentueux. Dans « Les 3 mousquetaires », cet ingrédient ne manque pas ! Les têtes d’affiche ont été choisies il y a plus de deux ans. Trois des principaux membres de la troupe se sont illustrés dans une émission de télé très suivie « Danse avec les stars ». À ces têtes d’affiche, s’ajoute une troupe de 23 danseurs sévèrement sélectionnés. Rien que du beau monde pour incarner les personnages imaginés par Alexandre Dumas.
Le coeur d’une comédie musicale, c’est son livret ! Pour avoir du succès, une « bonne histoire » s’impose, propice à l’évasion et à des scènes joyeuses. En choisissant « Les 3 mousquetaires » — roman d’Alexandre Dumas paru en 1844, les producteurs étaient sûrs de ne pas se tromper. Le roman de cape et d’épée, qui réunit action, passion et beaux garçons, plaît à tout le monde, quelle que soit l’époque. D’ailleurs, c’est l’un des livres les plus lus et les mieux adaptés au monde ! Il a inspiré de nombreux réalisateurs de ciné, des metteurs en scène au théâtre, des auteurs de BD et plus récemment « Musketeers », une série anglaise de la BBC qui a battu des records d’audience. « Les thèmes de ce roman populaire plaisent aussi bien aux enfants qu’à leurs parents », ajoute Roberto Ciurleo, l’un des producteurs du spectacle. Et sur scène, place à la modernité ! Costumes en cuir bleu dur pour les mousquetaires et d’Artagnan, tenues streetwear pour les danseurs, chorégraphies de dingue... Voilà ce qu’on appelle dépoussiérer un classique !
Pour la réussite de la comédie musicale, ses chansons doivent vivre à l’intérieur du show mais aussi en dehors. Entendu dès le matin, la chanson qui ouvre le spectacle ne vous quittera plus de la journée. Comme les autres mélodies du spectacle. L’astuce ? Ces airs sont devenus des tubes, c’est-à-dire des chansons populaires, bien avant le lancement du spectacle sur scène. C’est d’ailleurs une des clés de cette grande aventure.
Lancer une comédie musicale sans moyens, cela ne marchera pas. L’argent, c’est l’ingrédient de base d’un show bien décidé à marcher. Parce qu’entre la location des salles, les décors, les costumes, les cachets des artistes... c’est en millions d’euros que se calcule le budget de grands spectacles.
Autre ingrédient indispensable d’une comédie musicale : la promo ! Celle-ci se doit de démarrer longtemps avant la première du spectacle pour le faire connaître et donner envie aux spectateurs de se déplacer. Par ailleurs, un site spécifique dédié à la comédie musicale est créé sur Internet. La production y poste les vidéos des castings, les clips des différentes chansons, les entraînements d’escrime... Tout cela évidemment relayé sur les réseaux sociaux. Hypers connectés, les artistes passent leurs journées à poster photos ou vidéos, à répondre à leurs fans sur Twitter, etc. Et la suite s’enchaîne, parfaitement orchestrée : après le premier single du spectacle c’est l’album qui sort. Entre les deux, les tubes tombent comme s’il en pleuvait. Les artistes, eux, multiplient les émissions de télé, de radio, se produisent dans toute la France. Bref, six mois avant la première, personne ne peut ignorer qu’une nouvelle comédie musicale est en train de débarquer avec fracas. Son nom ? « Les 3 mousquetaires », bien sûr !
Selon le texte, les personnages principaux d’une comédie musicale doivent être incarnés par...
1. ...de belles personnes.
2. ...des personnes travaillant à la télé.
3. ...des gens connaissant bien l’oeuvre adaptée.
4. ...des artistes qui ont été montrés à la télé.
Ответ:
Airport
Le susurrement des hôtesses dans les bas-parleurs des halls, le vrombissement des réacteurs sur la piste d'envol, c'est d'abord cela un aéroport, des voix qui parlent de New York, Bombay et Santiago, des voix qui énumèrent si doucement le monde que chaque ville de destination devient une terre promise.
Avant guerre, les voix annonçant le départ et l’arrivée des trains dans les gares étaient toujours des voix rocailleuses de mâles, le voyage étant alors une affaire d'hommes. Mais depuis la guerre, celui-ci a changé de sexe. Il est devenu féminin, surtout le voyage aérien, grâce aux voix enjôleuses des sirènes susurrant dans l’océane rumeur des halls. C'est donc aussi cela un aéroport : un lieu où le plus routinier des voyages se présente avec une part de rêve.
D’ailleurs, entre le hall et les pistes d’envol s'étend la zone privilégiée des espaces en franchise, des magasins et des articles duty free, éden des ménagères cosmopolites. Un aéroport, c'est une ville où nul n’habite, une ville où l'on va travailler sans y résider, où l’on se rend seulement pour la quitter. Bien plus que dans les ports et dans les gares, on s’y sent doublement passager : dans la ville ellemême et dans sa propre vie.
Tout est d'ailleurs conçu pour adoucir, agrémenter ce sentiment du transitoire : les lumières tamisées, les sons filtrés, la voix des sirènes, l’aménagement des halls. Tout passage d’une ville à une autre, d'un continent à un autre, d'un élément à un autre implique une petite épreuve et de subtiles initiations.
Jusqu'aux années récentes, il suffisait pour accéder aux zones d’embarquement de montrer ses papiers pour dire qui l’on était. Avec le terrorisme et les détournements, il faut dire et prouver aussi qui l’on n’est pas. Chaque fois que je franchis le portique d’un détecteur magnétique, je pense aux épreuves des anciens Égyptiens. Eux aussi devaient (après leur mort) franchir des portiques et prouver qu’ils n'étaient pas des terroristes de l’au-delà, en énumérant un à un les méfaits et les crimes qu'ils n'avaient pas commis. Mais pour l’instant, dans les aéroports, œil électrique et détecteur magnétique ne perçoivent, ne dénoncent que vos menus objets en fer, non vos méfaits ou vos mensonges...
Une ville presque complète avec ses boutiques, ses bars, ses restaurants, ses parkings, ses garderies, ses librairies, ses infirmeries... et ses commissariats. Sans compter tous les services et bâtiments spéciaux. Des milliers de personnes viennent chaque jour y travailler, des millions d’autres y passer chaque année. Et pourtant, on n’y perçoit pas sur-le-champ l’évidence ni la réalité du voyage. Dans une gare ou un port, trains et bateaux sont là, pratiquement sous vos yeux. Dans un aéroport moderne, disposant pour l'embarquement de passerelles télescopiques, on n'aperçoit l'avion qu'au moment d'y monter.
Une remarque encore : j'écris aéroport. Mais dans cette ville aux sirènes enjôleuses, aux ménagères cosmopolites, aux habitants chaque jour changeants, dans cette ville où nul n’habite mais qui reçoit le monde entier, dans cette Babel électronique et fourmillante, on ne parle pratiquement qu’une seule langue. Depuis la dernière guerre l'anglais est devenu la langue officielle des nuages quand ils parlent entre eux dans le ciel ou qu'ils conversent avec le sol. En babélien, décollage se dit donc taking off, atterrissage landing, embarquement boarding, boutiques hors taxe duty free shops. Et aéroport se dit évidemment airport.
La première impression de l'auteur est sensorielle. De quel sens s'agit-il ?
1. La vue.
2. L’ouïe.
3. L’odorat.
4. Le toucher.
Ответ:
Oeuvres posthumes
Pierre S. a grandi dans la misère. Très jeune il devait gagner sa vie. Mais il y avait toujours en lui un talent d’écrivain. Il écrivait mais personne ne voulait publier les romans et les nouvelles, qu’il a écrits entre vingt et trente ans. Par hasard il a trouvé un jour une place d’employé dans la rédaction d’un journal. Une fois, qu’un écrivain à la mode n’a pas envoyé son récit à temps, Pierre S. a proposé au rédacteur une de ses nouvelles. Le rédacteur a lu la nouvelle, l’a trouvée bonne, l’a publiée et elle a eu beaucoup de succès. Voilà comment a commencé la carrière de cet écrivain qui devait devenir mondialement célèbre.
La fille du rédacteur, Jacqueline, disait qu’elle admirait le talent du jeune écrivain, et que lui même il lui plaisait beaucoup. Elle est devenue sa femme. Pierre S. a pensé qu’il avait enfin trouvé le bonheur. Mais sa femme Jacqueline n’aimait que l'argent. Elle a fait de son mari une machine à écrire, un sac d’or qui trouvait autant d’argent qu’elle en voulait. Ils ont eu un fils, Marcel. Elle l’a séparé de son père pour que ses jeux et ses maladies d’enfants ne prennent pas le temps de l’écrivain. Ils ont eu une fille qui est morte à l'âge de cinq ans. Ils n’ont même pas eu le temps de pleurer sa mort, car il y avait des clients qui ne voulaient pas attendre. Il fallait écrire et écrire. Il travaillait sans cesse, jour et nuit. Ses livres étaient à la mode, ils étaient lus par tous et traduits en onze langues. Mais à Jacqueline, qui donnait fête sur fête, il fallait de l’argent, toujours de l’argent.
Sa femme était encore jeune et jolie, son fils Marcel devenait un jeune homme agréable et beau, et lui, était déjà vieux, pâle et maigre. Un jour on l’a trouvé mort, assis à sa table de travail. Les médecins ont constaté que la cause de la mort était une très grande fatigue.
Un an après la mort de Pierre S. on a publié une oeuvre écrite dans sa jeunesse, qu’on avait trouvée dans sa table de travail. Quelques mois plus tard son fils a trouvé dans sa table de travail un manuscrit d’un grand roman. On l’a publié, il a eu un succès fou. Peu de temps après, Jacqueline a trouvé un autre manuscrit. Après ses deux publications la mère a raconté à son fils qu’un type, qui avait le même style que papa, écrivait les romans. Il habitait 22, rue de Charogne. C’était un grand ivrogne, mais il avait du talent. Elle a continué : « Mais, que veux-tu ? Il faut vivre, et c’est le rédacteur qui m’a donné cette idée et l'adresse de cet homme... »
Quand Pierre S. était très jeune, comment gagnait-il sa vie ?
1. Il travaillait comme employé dans la rédaction d’un journal.
2. Il était rédacteur d’un journal.
3. Il publiait les nouvelles d’un écrivain à la mode.
4. Il écrivait et publiait ses nouvelles.
Ответ:
Vente à crédit
L’appartement était tel que l’avait rêvé Martine : aéré, clair, coloré, lisse. Vide encore, dans la chambre, juste le lit à ressorts, trois tabourets en tube métallique et le dessus d’un jaune étincelant en matière plastique, et dans la cuisine, une table en bois blanc, pliante. On ne pouvait encore inviter personne. Daniel était plongé dans l’étonnement... Cet appartement allait être une source d’embêtements avec tout ce qu’il fallait acheter, pourquoi Martine s’était-elle lancée là-dedans !
Mais Daniel restait souvent chez ses parents pas seulement parce qu’il boudait, il y avait les examens qui approchaient, et Martine pensait qu’après tout il valait mieux ne pas laisser envahir son royaume par les examens de Daniel, les livres, les cahiers, les cendres de sa pipe secouées n’importe où, la cafetière toujours sur la table et des verres, des bouteilles... Bref, l’univers de Daniel où elle ne pouvait pas mettre de l’ordre.
La vie secouée pendant quelques jours par le déménagement, avait repris son rythme. Martine sortait, entrait, préparait à manger, se couchait, se levait...
Daniel commençait à s’habituer à ces deux pièces vides, avec de l’eau bouillante distribuée par la maison, les trois tabourets en tube métallique à siège jaune, l’ampoule sans abat-jour, les couverts, les deux tasses, les deux assiettes achetées à l’Uni-Prix... C’était bon de camper ainsi, comme on a besoin de peu de choses en réalité... Ils avaient une joie d’être ensemble, une joie haletante...
Une fois, arrivant comme toujours à l’improviste, à cause de cette absence de téléphone, Daniel trouva Martine dans la cuisine avec un monsieur. Elle parut gênée. C’était un homme correctement vêtu, assez grand, une petite moustache en brosse. Il fallait le regarder de près pour voir que ses manchettes étaient élimées et le visage avait beaucoup de rides. Martine un peu plus rose que d’habitude, dit :
— Monsieur est représentant d’une maison qui vend à crédit.
— Établissement Portes et Cie... Monsieur Donelle, je crois ? Le monsieur se leva.
— Parfaitement... — Daniel se versa de l’apéritif dans le verre de Martine et s’assit sur le radiateur.
— Madame a choisi un ensemble-studio, le voici, — le représentant ouvrait devant Daniel un catalogue, — Madame a un goût excellent... C’est jeune, moderne... du chêne verni, naturel, de qualité irréprochable. L’armoire à glace, la table-portefeuille. Le bahut pour la vaisselle est tout à fait suffisant pour un service de table et la verrerie...
— Tu comprends, dit Martine, excitée, l’armoire on la mettrait dans la chambre...
— Madame est très pratique, approuva le représentant, le petit divan vaut plusieurs chaises, et si vous avez quelqu’un à coucher... Au-dessus il y a un rayon pour les livres...
— Vous ne vendez pas de livres à crédit ? demanda Daniel.
— Non, Monsieur... Je regrette.
— Vous en vendriez, je crois... Au mètre, juste ce qu’il faut pour remplir le rayon.
Le représentant le regarda furtivement :
— Laissez-moi le catalogue, Monsieur, dit Martine, je vais réfléchir... Je ne sais pas si je ne préfère pas carrément une salle à manger.
Le représentant parti, Martine disparut dans la salle de bains et Daniel resta seul à siroter l’apéritif.
Elle revint d’ailleurs très vite, en peignoir de bain, une serviette autour des cheveux. Belle comme un beau jour. Daniel lisait un journal. Elle cassa les œufs, fit une omelette... Ils mangèrent en silence.
— J’aimerais autant, dit enfin Martine, que tu ne me couvres pas de ridicule devant les gens.
— Tu n’as pas besoin de moi pour cela... répondit Daniel. Il se leva, posa son couteau, le morceau de pain qu’il allait porter à la bouche... Martine entendit claquer la porte d’entrée.
Au bout d’une semaine, elle reçut de lui un petit mot tendre : il était en plein boulot. Encore une dizaine de jours, et voilà Daniel revenu, les traits tirés, pâle, mais plein d’un rire prêt à déborder... « Mon Martinot ! » Et pas un mot sur ces malheureux meubles à crédit.
Comment est l’appartement de Martine et Daniel ? C'est...
1. Un studio.
2. Un trois-pièces.
3. Un appartement avec un grand balcon.
4. Un deux-pièces avec une cuisine.
Ответ:
Pour ou contre la conquête de Mars ?
Le 18 février dernier, la NASA (agence spatiale américaine) a réussi à poser le robot Perseverance sur la planète Mars. Dans le même temps, deux autres missions d’importance ont eu lieu sur la planète rouge : l’une menée par la Chine, la seconde par les Émirats arabes unis. Ces missions ont toutes eu lieu en même temps ou presque parce que les conditions pour une mission sur Mars ne sont optimales que tous les 26 mois, lorsque la planète rouge est au plus près de la Terre.
Il s’agit d’une planète rocheuse comme la Terre et non gazeuse comme le sont Saturne et Jupiter. Et surtout, bien que Mars soit aujourd’hui un grand désert, on sait qu’il y a eu un jour sur cette planète de l’eau : des lacs et rivières. D’où la question récurrente : « Y a-t-il déjà eu également sur Mars des traces de vie » ? Ainsi, l’objet de la mission Perseverance est justement de collecter et analyser des échantillons afin de voir si des traces de vie peuvent être retrouvées et de savoir comment Mars a pu devenir un désert. Les échantillons collectés sur Mars par Perseverance seront récupérés en 2026 lors d’une autre mission avec le rover Fetch pour être ramenés sur Terre pour analyse.
De plus en plus de personnes, spécialistes ou grand public, se passionnent pour l’exploration martienne. Et certains pensent que la Terre sera à l’avenir percutée par un astéroïde qui mettra fin à l’espèce humaine. Aussi estime-t-on que pour sauver cette dernière, la solution réside en l’installation d’une colonie sur Mars.
Si les pays veulent bien entendu montrer leur supériorité en étant les premiers dans la conquête de Mars, de nombreux partenariats se nouent toutefois pour aller plus loin dans l’exploration de la planète rouge. C’est par exemple la France qui a conçu la SuperCam utilisée pour la mission Perseverance. Il s’agit d’un outil doté à la fois d’un scanner, de lasers et de multiples instruments destinés à analyser les roches, un couteau suisse de l’espace en quelque sorte. L’Europe, elle aussi avait en projet d’envoyer un rover sur Mars appelé Rosalind Franklin dans le cadre du programme ExoMars, mais celui-ci a été repoussé à 2022 notamment à cause de la pandémie. Là encore, un partenariat a été conclu avec la Russie pour la réalisation de la fusée. Le but de ces partenariats est notamment de partager les compétences, mais aussi les coûts et ainsi de pouvoir participer à plus de projets. Un autre projet japonais est prévu pour 2024 : l’exploration d’une des deux lunes de Mars, Phobos ou Deimos. Le premier pays d’Asie à avoir réussi à atteindre Mars est l’Inde avec la sonde Mars Orbiter Mission (MOM).
Depuis des décennies, on nous annonce la colonisation de Mars dans dix ou vingt ans, jusqu’ici sans concrétisation. Le coût de ces expéditions rend cette conquête complexe, mais ce n’est pas là le seul écueil. Lors du voyage jusqu’à la planète Mars, les corps des astronautes seraient exposés à une forte radiation solaire. La longueur du voyage elle-même pourrait en outre occasionner des problèmes physiologiques et psychologiques. Pour parvenir jusqu’à Mars, il faudrait aujourd’hui six mois minimum pour un coût estimé entre 200 et 1500 milliards de dollars. En effet, la distance à parcourir est de 55 millions de kilomètres, et cela constitue la distance minimum, lorsque les deux planètes sont le plus proches l’une de l’autre. Aucun vaisseau n’a pour l’heure été conçu qui permettrait à des astronautes de faire un tel voyage. Des scientifiques planchent ainsi actuellement sur la possibilité de créer sur la Lune une base étape, notamment pour se ravitailler en carburant (voire de fabriquer du carburant directement sur la Lune).
Le départ sur Mars est défini en fonction de la...
1. ...disponibilité de la station spatiale internationale.
2. ...disponibilité des vaisseaux spatiaux et de l’équipage.
3. ...position de la planète par rapport à la Terre.
4. ...décision commune entre la Chine et les Émirats.
Ответ:
Intelligence artificielle : la fin de l’humanité !
Et si, un jour, les machines devenaient plus intelligentes que nous ? Si elles échappaient à notre contrôle et dominaient le monde ? C'est un grand classique de la science-fiction, mais on dirait que ces derniers temps, le sujet emballe les cinéastes. Ultron, la créature robotique super-intelligente du film « Avengers : l'ère UItron », ne fait pas dans le sentiment : pour sauver la planète, elle décide d'éradiquer l'espèce humaine. Dans « Transcendance », l'esprit d'un génial informaticien décédé est transféré dans le premier superordinateur, lequel prend alors le contrôle des réseaux informatiques du monde entier. Mais il n'y a pas qu'au cinéma que ce scénario catastrophe fait frémir. Depuis plusieurs mois, des personnalités de premier plan tirent la sonnette d'alarme. Elles n'hésitent pas à affirmer que nous invoquons « le diable » en travaillant sur l'intelligence artificielle.
Pour ces Cassandre, il est en effet probable, dans un avenir proche — dès 2050 pour les plus alarmistes —, que les appareils qui nous entourent (tablettes, téléphones et autres ordinateurs en réseau) développent une forme d'intelligence équivalente à la nôtre. Une intelligence dite « artificielle » (IA) parce qu'elle n'est pas le fruit d'une évolution naturelle. Le danger : que cette IA accède au libre arbitre, nous devienne supérieure, décide qu'elle n'a plus besoin de ses créateurs... et nous élimine purement et simplement.
C'est vrai que l'intelligence artificielle progresse à une allure folle. Prenez les assistants personnels : ils permettent aux téléphones, connectés à des serveurs, de comprendre les questions que l’utilisateur leur pose ou les ordres qu'il leur donne, et d'agir en conséquence, par exemple en lui indiquant l'adresse d'un magasin. La traduction automatique instantanée est un vieux rêve en train de devenir réalité : le logiciel Skype traduit désormais quasiment en direct les conversations audio dans 4 langues (anglais, espagnol, italien, mandarin) et les discussions écrites (par tchat) en 40 langues. Bientôt, plus besoin des humains !
De telles prouesses, on les doit pour partie à la puissance des ordinateurs. Leur centre de calcul, le processeur, voit sa taille diminuer tandis que ses capacités s'envolent de manière exponentielle. Mais ce n'est pas tout : les connaissances des ordinateurs s'accroissent aussi. En 2011, le superordinateur Watson, un autre produit d'IBM, a remporté la victoire au jeu télévisé de questions-réponses Jeopardy face à deux candidats humains : il disposait de 4 téraoctets de mémoire remplis d'informations en tout genre... et il savait où aller les chercher. Difficile de rivaliser pour un homme, condamné à n'utiliser que la mémoire disponible dans son cerveau.
Et ce n'était qu'un début : la mémoire de Watson a encore été étendue. Il a « lu » et digéré des tonnes de publications scientifiques médicales.... Assez pour que le superordinateur aide maintenant les docteurs à diagnostiquer les cancers et à choisir le traitement le mieux adapté aux patients ! De quoi se demander quels métiers il exercera dans quelques années...
Mais au moins, pour l'instant, Watson travaille encore sous la supervision des hommes. Cela pourrait changer. En effet, les informaticiens développent aussi des programmes qui peuvent faire craindre la naissance d'une IA complètement autonome. Ces logiciels sont capables d'apprendre et de s'améliorer, sans intervention humaine. Vous utilisez sûrement l'un d'entre eux : un système de recommandation de musique, par exemple. En fonction de ce que vous dites aimer ou pas, juste en cliquant sur un bouton, ces programmes repèrent vos préférences musicales.
Quel scénario trouve-t-on dans le film « Transcendance » ?
1. L’intelligence artificielle est transférée à un homme.
2. Les hommes assistent les machines au quotidien.
3. L’intelligence humaine est transmise à la machine.
4. Un robot sauve la vie à un informaticien célèbre.
Ответ:
La plus vieille leçon de maths
Drôle de photo de classe! On y voit un homme barbu, assis dans un siège confortable, qui regarde un enfant jouant avec son chien. Gravée sur une pierre tombale du cimetière de l'ancienne cité grecque Krannon, la scène semble banale. Pourtant, deux chercheurs suisses sont convaincus qu'elle représente une leçon de calcul qui se tenait dans la Grèce antique voilà 2 500 ans, autrement dit du temps de Thalès et Pythagore! Pour arriver à cette étonnante conclusion, les deux scientifiques ont mené l’enquête, associé leurs savoirs et recoupé les indices. Initialement, l'interprétation de cette gravure était tout autre: une «scène de jeu entre un adulte et un enfant». La description intrigue fort Véronique Dasen, professeure d'archéologie à l'université de Fribourg, spécialiste de l'histoire du jeu, quand elle la découvre. Pour elle, c'est impensable: «Dans l'Antiquité, les enfants et les adultes ne jouent pas ensemble, leurs univers sont séparés, souligne-t-elle. Le jeu en famille est une habitude apparue seulement au XIXe siècle dans nos sociétés.»
N'empêche que l'homme sur la stèle pointe du doigt une tablette composée de cinq lignes parallèles. Voilà qui ressemble fort au plateau d'un célèbre jeu antique, le pente grammai (ou «jeu à 5 lignes»), qui se jouait avec un dé et des cailloux. Étrange... Alors que Véronique Dasen expose ses interrogations lors d'une conférence, un mathématicien présent, Jérôme Gavin, bondit de son siège. Il pense tenir l'explication! Face au vieil homme, ce n'est pas un plateau de jeu, mais un abaque: un bloc de marbre sur lequel sont gravées cinq lignes et qui sert... de machine à calculer. Il a en effet repéré un demi-cercle au-dessus des traits. Absent sur les représentations des plateaux de pente grammai, il est en revanche présent sur les abaques grecs. Niveau format, les abaques connus n'ont d'ailleurs rien à voir avec un plateau de jeu. Monumentaux, ils peuvent faire 1,50 m de long et 90 cm de large! On les trouve dans de nombreux sanctuaires. Véritables lieux de rencontre, ces sites abritaient des commerces et collectaient des dons. On y brassait donc beaucoup d'argent.
Comme l'attestent les symboles (des unités monétaires) sculptés sur ces abaques, ils étaient utilisés par les marchands et les «gestionnaires» du sanctuaire pour tenir leurs comptes. Un outil indispensable à l'époque, car le système de numération grec écrit les nombres en lettres et ne permet pas de poser des opérations, à l'inverse de notre «système décimal». Pour calculer, les Grecs étaient obligés de représenter les quantités à l'aide de cailloux et de les manipuler. L'abaque leur simplifiait la tâche. Chacune de ses lignes correspond à une valeur (1, 10, 1 000, 10 000). En disposant les cailloux dessus, puis en les déplaçant, on pouvait faire des opérations.
Si la tablette à cinq lignes représentées sur la stèle n'est pas un plateau de jeu, mais bien une «calculatrice», le sens de la scène devient évident: le vieux barbu explique le maniement de l'abaque au jeune homme. Sachant que certaines tombes antiques montrent le défunt dans son activité principale ou avec ses attributs — un médecin avec ses outils chirurgicaux, un professeur de musique offrant une lyre à son élève, etc. — on peut donc supposer que l'homme est un professeur de calcul. Sur la pierre tombale, son nom est gravé au-dessus de sa tête. Phanaios, «celui qui apporte la lumière». Reste une ultime question: que fait un chien dans une salle de classe? Pour les deux chercheurs, il faut y voir un symbole lié à l'apprentissage. Le professeur enseigne à son élève, qui lui-même est censé éduquer son chien.
La professeure Véronique Dasen a ...
1) critiqué un livre sur l’histoire du jeu grec.
2) remis en cause la date de création d’une gravure.
3) mis en doute la signification d’une gravure.
4) critiqué un livre sur l’enseignement de maths.
Ответ:
Cap sur le monde invisible !
Avec ses 36 m de long, ses deux mâts et sa coque grise et robuste, on le surnomme « la baleine ». Depuis fin 2003, le bateau de la Fondation Tara Océan sillonne le globe pour assister à la grande pièce de théâtre qui se joue sous l'eau. Qui en sont les acteurs ? Où se trouvent-ils sur scène ? Comment interagissent-ils ? Quel est le décor ? Comment évolue la pièce ? Pas facile de répondre à ces questions quand 95 % des organismes peuplant l'océan sont invisibles à l'œil nu.
C'est pourquoi la mission Tara Oceans, lancée en 2009, a été entièrement dédiée à l'étude du plancton. Durant quatre ans, les scientifiques ont récolté inlassablement des échantillons aux quatre coins de l'océan. Leur analyse, toujours en cours aujourd'hui, a permis de grandes avancées dans la connaissance de ce petit peuple si important pour la planète. Tellement important que, depuis Tara Oceans, toutes les missions de la Fondation ont un volet d'étude consacré au plancton. Car partout où se rend le bateau, il y a du plancton !
Ces expéditions scientifiques sont essentielles, car 80 % des microorganismes marins ne peuvent pas être cultivés en bassin sur terre. Mais comment fait-on pour récolter, dans l'immensité de l'océan, ces êtres minuscules ? À chaque point de collecte, appelé station d'échantillonnage, les scientifiques passent deux jours à effectuer leurs prélèvements. Les protocoles doivent toujours être appliqués de la même façon, ce qui demande d'être précis ! Les uns après les autres, des filets de différentes largeurs de mailles sont jetés à l'eau pour ramasser du plancton de plusieurs fourchettes de taille. À l'extrémité des filets se trouvent des boîtes cylindriques, appelées collecteurs, dans lesquelles le plancton s'accumule. C'est ensuite au tour de la rosette d'être mise à l'eau avec douceur. Ce gros appareil circulaire de 350 kg est composé de plusieurs bouteilles et plongé à une profondeur pouvant aller jusqu'à 3000 m. Lors de la remontée, les bouteilles se ferment les unes après les autres pour ramener à bord des échantillons d'eau de plusieurs profondeurs. La rosette est également équipée de capteurs de température, d'oxygène et de salinité qu'elle mesure sur toute la colonne d'eau.
Les prélèvements des filets et de la rosette sont ensuite versés avec précaution dans une multitude de tubes à essai, destinés à divers usages. Certains seront observés directement au microscope, d'autres passeront dans des instruments de comptage du nombre d'organismes, certains serviront aux analyses génétiques et d'autres encore seront soumis à des analyses chimiques. L'objectif est à la fois de compter et d'identifier les espèces, et de décrire leur environnement (température, salinité, etc.). Les analyses démarrent à bord, dans le « laboratoire sec » situé à l'intérieur du bateau, et se poursuivent à terre grâce aux envois de tubes effectués tous les trois mois.
Les données récoltées par Tara sont en accès libre afin que des équipes de recherche partout dans le monde puissent les utiliser pour faire progresser notre compréhension de la planète bleue. En vingt ans, Tara a permis de réaliser une énorme avancée dans la connaissance du plancton. Pas moins de 100 000 espèces de microalgues, 200 000 virus et 500 000 espèces de bactéries ont été découverts au fil des 13 missions de la Fondation. Et 95 % des virus marins trouvés à ce jour l'ont d'ailleurs été par Tara. À une autre échelle, plus de 150 000 millions de gènes, dont la moitié était jusqu'alors inconnue, ont été recensés. Lors des dernières missions, peu de nouveaux gènes sont apparus, ce qui suggère que la majorité serait désormais connue.
Pour quelle raison l’étude de l’océan est-elle difficile ?
1) Les températures en profondeur sont glaciales.
2) L’eau abîme l’équipement des chercheurs.
3) Les organismes marins sont microscopiques.
4) La pression en profondeur est importante.
Ответ:
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