Vente à crédit
L’appartement était tel que l’avait rêvé Martine : aéré, clair, coloré, lisse. Vide encore, dans la chambre, juste le lit à ressorts, trois tabourets en tube métallique et le dessus d’un jaune étincelant en matière plastique, et dans la cuisine, une table en bois blanc, pliante. On ne pouvait encore inviter personne. Daniel était plongé dans l’étonnement... Cet appartement allait être une source d’embêtements avec tout ce qu’il fallait acheter, pourquoi Martine s’était-elle lancée là-dedans !
Mais Daniel restait souvent chez ses parents pas seulement parce qu’il boudait, il y avait les examens qui approchaient, et Martine pensait qu’après tout il valait mieux ne pas laisser envahir son royaume par les examens de Daniel, les livres, les cahiers, les cendres de sa pipe secouées n’importe où, la cafetière toujours sur la table et des verres, des bouteilles... Bref, l’univers de Daniel où elle ne pouvait pas mettre de l’ordre.
La vie secouée pendant quelques jours par le déménagement, avait repris son rythme. Martine sortait, entrait, préparait à manger, se couchait, se levait...
Daniel commençait à s’habituer à ces deux pièces vides, avec de l’eau bouillante distribuée par la maison, les trois tabourets en tube métallique à siège jaune, l’ampoule sans abat-jour, les couverts, les deux tasses, les deux assiettes achetées à l’Uni-Prix... C’était bon de camper ainsi, comme on a besoin de peu de choses en réalité... Ils avaient une joie d’être ensemble, une joie haletante...
Une fois, arrivant comme toujours à l’improviste, à cause de cette absence de téléphone, Daniel trouva Martine dans la cuisine avec un monsieur. Elle parut gênée. C’était un homme correctement vêtu, assez grand, une petite moustache en brosse. Il fallait le regarder de près pour voir que ses manchettes étaient élimées et le visage avait beaucoup de rides. Martine un peu plus rose que d’habitude, dit :
— Monsieur est représentant d’une maison qui vend à crédit.
— Établissement Portes et Cie... Monsieur Donelle, je crois ? Le monsieur se leva.
— Parfaitement... — Daniel se versa de l’apéritif dans le verre de Martine et s’assit sur le radiateur.
— Madame a choisi un ensemble-studio, le voici, — le représentant ouvrait devant Daniel un catalogue, — Madame a un goût excellent... C’est jeune, moderne... du chêne verni, naturel, de qualité irréprochable. L’armoire à glace, la table-portefeuille. Le bahut pour la vaisselle est tout à fait suffisant pour un service de table et la verrerie...
— Tu comprends, dit Martine, excitée, l’armoire on la mettrait dans la chambre...
— Madame est très pratique, approuva le représentant, le petit divan vaut plusieurs chaises, et si vous avez quelqu’un à coucher... Au-dessus il y a un rayon pour les livres...
— Vous ne vendez pas de livres à crédit ? demanda Daniel.
— Non, Monsieur... Je regrette.
— Vous en vendriez, je crois... Au mètre, juste ce qu’il faut pour remplir le rayon.
Le représentant le regarda furtivement :
— Laissez-moi le catalogue, Monsieur, dit Martine, je vais réfléchir... Je ne sais pas si je ne préfère pas carrément une salle à manger.
Le représentant parti, Martine disparut dans la salle de bains et Daniel resta seul à siroter l’apéritif.
Elle revint d’ailleurs très vite, en peignoir de bain, une serviette autour des cheveux. Belle comme un beau jour. Daniel lisait un journal. Elle cassa les œufs, fit une omelette... Ils mangèrent en silence.
— J’aimerais autant, dit enfin Martine, que tu ne me couvres pas de ridicule devant les gens.
— Tu n’as pas besoin de moi pour cela... répondit Daniel. Il se leva, posa son couteau, le morceau de pain qu’il allait porter à la bouche... Martine entendit claquer la porte d’entrée.
Au bout d’une semaine, elle reçut de lui un petit mot tendre : il était en plein boulot. Encore une dizaine de jours, et voilà Daniel revenu, les traits tirés, pâle, mais plein d’un rire prêt à déborder... « Mon Martinot ! » Et pas un mot sur ces malheureux meubles à crédit.
D’après le texte, que pense Daniel des projets de Martine ?
1. Il ne voudrait pas quitter ses parents si vite.
2. Il est très content d’avoir un logement pour lui et sa femme.
3. Il est inquiété à cause de l’argent qu’il faudra bientôt payer.
4. Il croit que Martine a mauvais goût et n’aime pas les meubles qu’elle a choisis.
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